Jeudi, 23 mai 2013

Les amis suisses de Pacho Cortes en appellent à l'ONU

MARDI 16 MARS 2004
RÉPRESSION - Le leader paysan colombien Francisco «Pacho» Cortes et ses compagnons Carmelo Peñaranda et Claudio Ramirez sont incarcérés depuis onze mois en Bolivie pour «subversion» et trafic de drogue.

Onze mois. Onze longs mois déjà que le leader paysan colombien Francisco «Pacho» Cortes et ses compagnons boliviens Carmelo Peñaranda et Claudio Ramirez croupissent dans les geôles de l'Etat bolivien. Ces trois militants paysans ont été embastillés le 10 avril 2003 après une spectaculaire opération médiatico-policière sur fond d'accusations de terrorisme et de trafic de cocaïne. Depuis, les détenus et leurs proches attendent toujours que le procureur de La Paz prononce les inculpations et apporte ainsi des éléments tangibles à ces graves reproches complaisamment relayés par les médias. Le 5 février, des défenseurs de Pacho Cortes ont porté plainte devant l'ONU pour détention arbitraire.
Au centre des accusations contre Pacho Cortes: un prétendu plan du Colombien pour implanter la lutte armée en Bolivie. Arrivé quatre jours avant son arrestation à El Alto, immense cité-banlieue de la capitale La Paz, le présumé guérillero serait alors entré en contact avec ses «complices» locaux, Peñaranda et Ramirez, deux activistes proches du fameux Mouvement au socialisme (MAS) d'Evo Morales...

«NARCO-TERRORISME»

Au cours de l'arrestation-perquisition du 10 avril, réalisée en présence des médias au domicile de Carmelo Ramirez, un manuel de subversion et un drapeau aux couleurs de l'Armée colombienne de libération nationale (ELN) sont trouvés. Autres «indices» récoltés: du matériel de chantier prétendument apte à fabriquer des armes, septante cartouches et des vêtements militaires. Quelques heures plus tard, une seconde perquisition plus discrète permet de «découvrir» 2 kilos de cocaïne.

Débute alors une intense campagne politique, alimentée par des annonces dans la presse et des affiches, appelant à se prémunir contre les guérillas colombiennes qui chercheraient à propager les «germes du narco-terrorisme» en Bolivie, et notamment au Chaparé et à El Alto, les bastions du mouvement social bolivien... Des scénarii d'autant plus alarmants que circulent déjà des rumeurs – attisées par l'ambassade étasunienne – d'un coup d'Etat en gestation par une fraction du MAS1.

MANIPULATION

Face à de telles accusations, les amis des trois militants paysans n'ont pas tardé à réagir. Sous l'impulsion de l'Association colombienne des paysans (ANUC-UR), dont Pacho Cortes est l'une des figures, et des réseaux altermondialistes Via Campesina et Action mondiale des peuples (AMP), auxquels participent les trois incarcérés, c'est une tout autre version des faits qui a commencé à émerger. Elle s'appuie tout d'abord sur une incohérence: comment imaginer que M. Cortes soit venu en Bolivie pour le compte de mouvements guérilleros alors que ceux-ci, comme les groupes paramilitaires, l'ont placé en ligne de mire! «Même le Gouvernement colombien le reconnaît, c'est pourquoi il a bénéficié d'un programme officiel de protection», note la Française Marianne Roussy, qui vient de réaliser un film sur cette affaire (lire ci-dessous).

A contrario, les défenseurs du Colombien affirment que c'est bien pour leur échapper que M. Cortes – sur conseil de Bogota – a décidé de rejoindre la Bolivie et son ami Carmelo Ramirez qu'il avait rencontré lors d'une réunion de l'AMP.

Pour Louca Lerch, de l'Action populaire contre la mondialisation (ACPM), qui relaie avec le syndicat Uniterre l'action de Via Campesina à Genève, le doute n'est pas permis: les maigres «preuves» rassemblées lors de la perquisition ont été fabriquées en vue de criminaliser un mouvement social de plus en plus menaçant pour le pouvoir. Une façon, notamment, de justifier une présence militaire accrue des Etats-Unis en Bolivie. «Il y a déjà quelque 2000 agents de la DEA (service antidrogue étasunien, ndlr) et plusieurs bases militaires dans le Chaparé, au titre du Plan Dignidad», rappelle le militant genevois, récemment rentré de Bolivie.

LIBÉRATION ET PROCÈS JUSTE

Bien que le dossier à charge soit pratiquement vide – aucun lien entre Cortes et les guérillas n'ayant pu être étayé – l'inquiétude demeure face à la propension des autorités à faire traîner une inculpation qui, selon la loi bolivienne, aurait dû tomber il y a cinq mois! «Quarante-trois paysans suspectés de subversion ont été récemment arrêtés dans le Chaparé. Nous craignons que l'on ne cherche, par des pressions, à fabriquer de faux complices», confie M. Lerch.

De plus, si les trois prévenus s'apprêtent à quitter la prison de haute sécurité de Chonchoro, sur l'Altiplano, pour un pénitencier moins sommaire, les amis de Pacho Cortes se disent encore inquiets quant à son état de santé. Le prisonnier se plaint en effet d'importants troubles gastriques et psychologiques. D'où l'exigence posée par les militants: que les détenus soient immédiatement libérés et que le procureur rédige rapidement l'acte d'accusation, afin de permettre un procès rapide.

L'ONU ALERTÉE

A l'appui de cette démarche, Via Campesina diffuse une lettre-pétition dénonçant les «motifs politiques» des arrestations. En Europe, les ONG FIAN, FIDH et France-Libertés ainsi que trente-deux élus européens réunis en novembre au sein du Forum mondial des parlementaires de Bobigny en furent les premiers signataires.

Le 5 février dernier, une plainte était déposée à Genève auprès du Groupe de travail sur les détentions arbitraires de la Commission des droits de l'homme. «La Bolivie a trois mois pour se justifier», souligne Rudi Berli, qui a participé jeudi à une délégation auprès des Nations Unies. Le secrétaire d'Uniterre rapporte aussi que le Groupe onusien devrait statuer lors de sa séance du 24 mai 2004.

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«Présumés coupables»

La campagne de solidarité avec Pacho Cortes disposait déjà du formidable réseau de Via Campesina, l'Internationale paysanne qui regroupe une centaine d'organisations de quatre continents. Elle possède désormais un nouveau et précieux atout: «Présumés coupables», le documentaire d'une vingtaine de minutes réalisé par la Française Marianne Roussy. «J'avais rencontré Pacho et sa famille en préparant un ...
 

1Le Courrier du 27 mai 2003.

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