Vendredi, 24 mai 2013

Les allocations familiales flambent aux frais du patronat

MERCREDI 03 AOûT 2011

SOCIAL • Les alloc’ augmenteront en 2012, mais seuls les employeurs passeront à la caisse. Ils lancent un avis de tempête sur les hausses salariales.

Le canton de Genève a pris une longueur d’avance sur les négociations salariales de l’automne. Pour couvrir la hausse des allocations familiales décidée par le Grand Conseil en juin, la masse salariale sera globalement majorée de 100 millions de francs en 2012, représentant 0,3% d’augmentation des cotisations sociales. Le Conseil d’Etat attend la fin du délai référendaire pour promulguer la loi à fin août, a annoncé hier François Longchamp, ministre de la Solidarité et de l’Emploi.
A la suite d’une initiative législative déposée par la gauche, les allocations familiales et de formation augmenteront de 100 ou 150 francs par mois pour s’établir à 300, 400 ou 500 francs selon l’âge des enfants. Toutes les familles domiciliées à Genève, ou dont l’employeur est installé dans le canton, y auront droit. Cette amélioration coûtera toutefois entre 180 et 200 millions de plus aux entreprises, seules à financer ces prestations. Pour atténuer le choc de cette hausse des coûts salariaux, le gouvernement l’échelonnera en deux phases, a expliqué le conseiller d’Etat.

Patrons pas contents

La cotisation passera de 1,4% actuellement à 1,7% des revenus en 2012, ce qui fera rentrer environ 100 millions de francs d’argent supplémentaire (de 409 à 506 millions de recettes). Les réserves financières des caisses de compensation seront dissoutes pour payer le complément, d’également 100 millions. Une évaluation sera faite à l’automne 2012 pour décider, en fonction des hausses effectives des salaires et des besoins en financement, du montant de la cotisation à introduire en janvier 2013. Elle pourrait alors encore prendre 0,2% pour s’établir à 1,9% d’une masse salariale proche des 30 milliards de francs.
François Longchamp justifie ce dispositif en deux temps par les «incertitudes économiques» planant sur le canton. La cherté du franc suisse plombe l’industrie exportatrice, note le ministre, et les cotisations sociales ont déjà pris l’ascenseur en 2011 pour financer la maternité et le chômage. Une nouvelle hausse du coût du travail pourrait donc avoir des conséquences néfastes sur les entreprises et sur l’emploi, fait valoir le conseiller d’Etat. Selon ce dernier, le surcoût total des allocations familiales équivaut aux salaires bruts d’environ 2600 places de travail.

Directeur général adjoint à la Fédération des entreprises romandes, Olivier Sandoz confirme les craintes du ministre. La hausse des frais de personnel limitera la compétitivité des entreprises du canton, lesquelles devraient réduire leurs marges ou augmenter leurs prix pour assumer la dépense. Elles préféreront tenir compte de ces charges salariales supplémentaires lors de la fixation des salaires pour 2012, assure le secrétaire patronal. Les rallonges salariales pourraient donc être réduites dans la proportion inverse de la hausse de prime, au détriment des salariés sans enfant qui ne toucheront rien de plus. Au pire, des établissements risquent de ne pas s’installer à Genève en raison de ces surcoûts et des emplois pourraient être délocalisés administrativement dans des cantons moins chers, détaille encore M. Sandoz.

Comme patron de la fonction publique, l’Etat devra débourser 10,5 millions de francs au titre de ses propres cotisations d’employeur. Par ailleurs, il paiera environ 7,5 millions pour les allocations familiales versées aux familles de Genève ne travaillant pas. Pour l’Etat, la nouvelle loi induira une dépense supplémentaire de 18 millions dans le budget 2012, a calculé le gouvernement. I

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