Le Schwizerdütsch de 2011
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D’OUTRE-SARINE
Alors vraiment, vous trouvez le suisse-allemand difficile à comprendre? Oh, vous n’êtes pas le seul, ni la seule. On a assez glosé sur l’insurmontable difficulté de cette langue: il faudrait jeter les enfants dedans tout petits pour habituer leur oreille; on risquerait l’entorse linguale à le parler; etc. Mais franchement, tout ça, c’était avant. Ou dans le suisse-allemand contemporain de l’écrivain bernois Guy Krneta: «Öppe füf Minute syge si gschtange, dert im Gang, u heigen enang eifach aagluegt.» («Ils sont restés là bien cinq minutes, dans le couloir, à juste se regarder») Là, même avec de solides rudiments d’allemand…
Mais aujourd’hui, le suisse-allemand de tous les jours est devenu très facile. A condition de savoir l’anglais. Vous dites, ce n’est pas la même chose? Si. Un mot sur deux. Regardez. Heini et Heiri vont en bateau: «Es isch super cool uf em Lake z’surfe!» («C’est génial de se promener sur le lac!») Sur huit mots, quatre seulement sont en suisse-allemand, quatre en anglais. Retour au boulot, lundi matin: «Bisch am Week-End go game?» («Tu as été jouer, ce week-end?») Un peu étrange, la question prend tout son sens quand on sait que le jeu est une véritable institution outre-Sarine… A la conférence de presse: «Der Quickscan isch ä Tool für Win-Win-Potentiale im Sustainability-Bereich»: 6 contre 5. Sans oublier le nouveau slogan officiel de la Ville de Zurich: «World Class. Swiss Made»: 4 sur 4.
Non vraiment, avec une base minimale de Schwizerdütsch et un bon vocabulaire d’anglais, ça ne fait jamais plus qu’une demi-langue à apprendre. Surtout que le français a lui aussi sa place dans le parler alémanique: telefoniere, Apero, Rendez-vous, partout, Menage à trois, etc. Certains se réjouissent de cette évolution, d’autres un peu moins: «Elle prouve la merveilleuse souplesse de notre langue, notre ouverture au monde!» s’enthousiasment les uns; «souplesse invertébrée, dénaturation risible, oui…» ronchonnent les autres.
Evidemment, quand on sait que peuvent déferler sur nous des accents bâlois, haut-valaisan ou bernois, ça rend modeste. Le plus simple est donc, passé la Sarine, de se brancher sur le canal qui fait entrer l’anglais dans notre cerveau. Parce que les Suisses alémaniques sont doués en langues, qu’ils prononcent plutôt bien. Et pour ceux que l’évolution linguistique actuelle ne rassure décidément pas, il leur reste à savourer l’une des plus jolies importations d’outre-Manche, graphique, celle-ci: pour envoyer des bises à leur interlocuteur, nos compatriotes concluent leur message d’un xxx, universellement décodable.
Alors xxx et bon été!
*Rédactrice culturelle au Courrier.





