La Toile, les flics et les cracks
- Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires

La fermeture du site Megaupload scandalise les internautes et provoque des actions de sabotage de la part des hackers de la nébuleuse Anonymous. La guerre du web a été déclarée par l’industrie du divertissement, représentée par les puissants syndicats des majors du disque et de Hollywood. Qui ont bénéficié des moyens policiers de l’Etat fédéral américain – garant de la propriété intellectuelle –, avec des relais jusqu’en Nouvelle-Zélande, terre d’asile du fondateur de Megaupload. Bien sûr, ce dernier (Kim «Dotcom») est tout sauf un saint: assis sur une fortune engrangée à haut débit, il aurait rétribué les internautes qui mettaient à disposition sur son site des fichiers pirates (forcément attractifs), garantissant un trafic accru et donc de juteux revenus publicitaires.
Mais le problème reste entier, comme l’illustre au même moment la reculade des députés étasuniens sur deux projets de loi liberticides (SOPA et PIPA). D’une part, Megaupload est loin d’être la seule plate-forme d’échange de fichiers. D’autre part, l’industrie aux abois se tire une balle dans le pied: en retard de plusieurs guerres, elle prétend décourager une réalité ancrée pour de bon dans nos vies – l’accès à une profusion d’œuvres à bas coût, voire gratuites, en streaming ou téléchargement (films, jeux, musique, livres, photos, info, etc). Or, à déployer un arsenal répressif au bénéfice des ayants droit, on prend le risque de braquer les utilisateurs, qui savent pertinemment qu’il est aisé de contourner les dispositifs de contrôle. C’est même une injustice et une inégalité qui se dessine entre les «cracks» et l’internaute lambda, car masquer son adresse IP et surfer incognito est un jeu d’enfant pour qui maîtrise les bons logiciels.
La solution, équitable et légale, réside probablement dans un modèle forfaitaire. Licence globale, mécénat global: certains ont travaillé dur à l’élaboration de systèmes innovants, permettant un accès illimité et non fliqué au web et à ses trésors, tout en organisant une redistribution qui ne profite pas qu’aux capitalistes les mieux positionnés (producteurs et sociétés de gestion des droits d’auteurs monopolistiques, fournisseurs d’accès Internet, intermédiaires incontournables de type Google, hébergeurs opportunistes comme Megaupload). Ceux-ci devraient, en bonne logique, contribuer financièrement à la viabilité du système. On parle donc d’une réorganisation du partage plutôt que la poursuite d’une traque stérile. Le salut de la diversité culturelle et de la fantastique émulation du web sont à ce prix.





