La Suisse croule sous les pommes de terre, mais elle en importe
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libre-échange • La Suisse croule sous les stocks de pommes de terre du pays. Pourtant, les supermarchés proposent des tubercules d’Israël ou du Maroc. Des voix appellent à ériger des barrières.
Les producteurs suisses ont des patates à revendre. Après une récolte particulièrement abondante (518 000 tonnes), la montagne de pommes de terre de 2011 n’est de loin pas résorbée. Une grande partie des excédents seront transformés en aliments pour animaux. Pourtant, des dizaines de milliers de tonnes de patates sont importées chaque année en Suisse.
En vertu d’un accord avec l’Organisation mondiale du commerce (OMC), un contingent annuel de 22 500 tonnes de pommes de terre bénéficie d’un allégement des taxes douanières à l’entrée sur sol helvétique. La plupart sont des variétés précoces commercialisées dans le courant du printemps, avant la récolte de pommes de terre nouvelles locales. Les plus gros exportateurs vers la Suisse sont, dans l’ordre, Israël, les Pays-Bas, l’Allemagne, la France et l’Italie.
Gentleman’s agreement
«Il n’y a presque pas eu d’importations cette année», assure Ernst König, gérant de Swisspatat, la faîtière de la branche. «Nous avons conclu un gentleman’s agreement avec les importateurs. Avant de faire venir des pommes de terre nouvelles de l’étranger, ils attendront que les variétés à chair ferme produites en Suisse soient arrivées au bout de leur durée de conservation.» Vraiment? Un tour rapide dans les supermarchés s’avère instructif. A côté de patates locales déclinées en de nombreuses variétés, on trouve des pommes de terre de France (Coop, Migros), d’Israël (Coop) et du Maroc (Manor). Migros indique en outre que les pommes de terre nouvelles d’Israël et d’Egypte arrivent ces jours-ci sur les étals.
Vérification faite, Ernst König indique que, selon les statistiques fédérales, 281 tonnes de pommes de terre de table ont été importées entre le 1er janvier et le 10 mars dans le cadre du contingent OMC. «Même pas un pour-mille des pommes de terre consommées en Suisse en une année», calcule-t-il. Mais ce chiffre ne comprend que les marchandises bénéficiant de taxes douanières préférentielles (6 centimes par kilo de patates). Les importateurs sont libres d’en acheminer hors contingent, moyennant des droits de douane plus élevés (82 centimes par kilo).
«Les acteurs du marché devraient tenir compte de la situation et faire preuve de solidarité en renonçant pour l’instant à ces importations», proteste Jacques Bourgeois, conseiller national (plr/ FR) et directeur de l’Union suisse des paysans. A Berne, la question fait débat. La commission de politique extérieure du Conseil national a sonné récemment la charge contre les patates égyptiennes et israéliennes. Dans le cadre de la renégociation des accords de libre-échange avec ces deux Etats, elle veut que le Conseil fédéral s’engage pour fermer la frontière aux pommes de terre au nom du
«développement durable».
Pas de retour en arrière
«Ces importations sont une idiotie», s’énerve le président de la commission, Andreas Aebi (udc/ BE), qui cultive lui-même des plants de patates. «La culture des pommes de terre consomme beaucoup d’eau, alors que l’Egypte en manque.» Ce pays se trouve «dans une situation alimentaire précaire», enchaîne Maya Graf, conseillère nationale (verts/ BL) et agricultrice bio. «La Suisse a assez de pommes de terre de garde.» A cela s’ajoute le piètre bilan écologique de ces légumes, transportés sur des milliers de kilomètres. «C’est au consommateur de faire son choix et non pas à l’Etat d’interdire les importations», rétorque la libérale-radicale Christa Markwalder, membre de la commission.
La Confédération n’en a d’ailleurs pas l’intention. «Nous ne reviendrons pas en arrière», avertit Krisztina Bende, responsable du secteur Politique commerciale internationale à l’Office fédéral de l’agriculture. «Dans le cas de l’Egypte, cela n’aurait de toute façon guère d’impact, car il n’y a pas eu d’importations de pommes de terre de ce pays». L’annonce de Migros montre toutefois que la donne est en train de changer.
Avec Israël, premier exportateur de patates vers la Suisse, l’enjeu est autrement plus important. Les deux pays sont liés par un accord de libre-échange, que Berne veut renégocier afin d’obtenir un accès facilité au marché israélien pour les spécialités de l’agriculture helvétique. «La Suisse devra faire des concessions, note Krisztina Bende. Mais au vu de la situation et des réclamations de la branche, nous n’accepterons pas d’abaissement des droits de douane sur les importations de pommes de terre.»
Les importations de ce pays sont la cible d’un autre type de critiques, d’ordre politique. Des organisations propalestiniennes ont lancé un appel au boycott contre les produits israéliens, dont certains peuvent provenir des territoires occupés. Une initiative parlementaire écologiste demandait d’ailleurs d’interdire les importations des colonies. Le Conseil national l’a refusée mercredi dernier par 109 voix contre 45. I





