La santé des Vaudois coûterait moins cher que Berne le prétend
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Un geste d'Assura et ça change tout, pourrait-on croire... Depuis le 31 décembre 2008, le grand assureur ne donne plus ses chiffres à santésuisse, l'organe faîtier des caisses dont il a démissionné. Les mêmes chiffres, retenus par Assura de crainte des concurrents, Pierre-Yves Maillard les a eus. Passés par le crible d'un statisticien du Département vaudois de la santé et de l'action sociale (DSAS), dirigé par le socialiste, cela donne des corrections importantes par rapport à ce que Berne diffuse. Ainsi, la part des coûts de la santé des Vaudois à la charge des caisses apparaît moins importante qu'on le croyait.
PREMIERE OFFENSIVE Assura a livré ses statistiques au DSAS le 16 juillet. Pierre-Yves Maillard en a présenté les conséquences hier. Et avant-hier, les caisses- maladie livraient leurs propositions de primes pour 2011, laissant aux cantons jusqu'à jeudi prochain pour donner leur préavis. «Dans quelques semaines, je ferai part du préavis vaudois devant la presse», a indiqué Pierre-Yves Maillard, toujours en lutte contre le système actuel de l'assurance-maladie (voir ci-dessous). Hier, il lançait donc une première offensive en matière de transparence, en demandant que Berne corrige les données qu'elle diffuse, et qui sont capitales dans le débat sur la fixation des primes-maladie.
BONS RISQUES Assura compte 450 000 assurés en Suisse. La plupart sont Romands et 150 000 sont Vaudois. Alors, forcément, comme le coût d'un client Assura (1922 fr.) n'est qu'un peu plus de la moitié du coût d'un client d'une autre caisse (3704 fr.), les statistiques sont faussées, car presque un assuré vaudois sur quatre (24% en 2010) est client d'Assura. Pierre-Yves Maillard rappelle que la caisse recrute les assurés en se fondant sur la sélection des risques: «Assura est connue pour avoir concentré les bons risques.»
Ainsi, pour 2009, le coût d'un assuré vaudois moyen est de 3395 francs et non pas de 3704 francs, comme l'indique faussement l'OFSP dans son monitoring annuel des coûts de l'assurance-maladie. Comme ce monitoring se borne à mettre en forme les données fournies par santésuisse, il ne correspond pas à la réalité.
«CONTRE-POISON» Curieusement, explique Pierre-Yves Maillard, l'OFSP détient les chiffres réels, dans sa «statistique sur la compensation des risques». Mais il préfère mettre ceux du monitoring sur le devant de la scène. «Le même office a deux séries de chiffres différents: le poison et le contre-poison.» Cela fait depuis 2009 que Pierre-Yves Maillard demande au Département de l'intérieur de Didier Burkhalter que le seul «contre-poison» soit diffusé. Le Vaudois est appuyé par la Conférence des directions de la santé (CDS), qu'il préside. «Quand Vaud demande de corriger des données, de l'autre côté de la Sarine, on ne se montre pas pressé de le faire... Vu de Berne, on se dit que ce n'est pas grave...», glisse Pierre-Yves Maillard.
Contacté par l'ATS, l'OFSP répond que les données utilisées pour le monitoring couvrent environ 90% des assurés. Il est techniquement possible de compléter ces données, mais cela impliquerait un décalage temporel conséquent. Les chiffres ne seraient ainsi plus à disposition rapidement, privant les cantons de la possibilité de prendre des mesures correctives, dit l'OFSP. Dorénavant, l'office publiera donc, en plus des données de monitoring habituelles, une liste complétée, mais avec un certain décalage temporel.
«SPECTACULAIRE» Si les cantons de Genève, du Jura et de Neuchâtel sont aussi concernés par des données fausses, le canton de Vaud est celui où l'écart est le plus criant, affirme Pierre-Yves Maillard. Ainsi en 2009, le Vaudois moyen n'a pas coûté 18,1% de plus que le Suisse moyen, mais seulement 10,7%. Par ailleurs, la progression des coûts entre 2008 et 2009 n'a été que de 1,6% chez les Vaudois, contre 2,9% dans l'ensemble de la Suisse. «Nous nous rapprochons spectaculairement de la moyenne suisse», se réjouit le socialiste.
MAITRISE VAUDOISE Et Pierre-Yves Maillard de vanter la politique vaudoise de la santé. La sienne, bien sûr, mais aussi celle de prédécesseurs qu'il ne nomme pas. Une politique mise en oeuvre et voulue notamment par un chef de service de la santé publique qu'il nomme, en revanche: Marc Diserens, qui a oeuvré avec huit conseillers d'Etat entre 1996 et 2008. Trois axes, ensemble, «pèsent lourd» dans la maîtrise des coûts de la santé: maîtrise des coûts hospitaliers stationnaires; financement forfaitaire par diagnostic et non plus par journée d'hospitalisation; investissements dans le maintien des soins à domicile. Les dépenses vaudoises pour les coûts hospitaliers, les EMS et les soins à domicile sont de 5,1% inférieures à la moyenne suisse en 2008.
PAS QUE POLITIQUE Pour l'ensemble du secteur sanitaire de 2000 à 2009, Maillard montre que la courbe de l'écart entre le coût vaudois et le coût suisse ne cesse de fléchir depuis 2003, alors que cet écart stagnait auparavant autour de 22%; en 2009, il était de 10,7%. «Mais cela serait une fanfaronnade que de prétendre qu'il n'y a eu que des actions de politique publique pour y arriver», concède Pierre-Yves Maillard.
Ainsi, la pénurie de personnel aide à maîtriser les coûts: «La croissance démographique est si forte que la croissance de l'offre ne suit pas au même rythme et ce temps de retard aboutit à une réduction des coûts», décrit Pierre-Yves Maillard. L'autre facteur important est la position «assez dure» des assureurs, «qui ont gelé le prix du point tarifaire pour les hospitalisations, notamment au CHUV». I





