La crise n’échappe pas à la mondialisation
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DETTE • Dans l’attente d’une réunion de la Fed, les bourses ont vécu une nouvelle journée chahutée des deux côtés de l’Atlantique, démontrant le passage à une crise généralisée. Le point avec le chef économiste d’UBS.
Les marchés boursiers ont vécu une nouvelle journée chahutée hier, marquée par l’attente d’une importante réunion de la Réserve fédérale américaine (voir ci-après). Dans la matinée, les places européennes ont cédé entre 1 et 6%. Le Swiss Market Index (SMI) dévissait ainsi de 5,5% vers 10h30, avant de se reprendre à la clôture (+0,6%), revigoré par l’ouverture de Wall Street. En Asie, les indices ont eux aussi fait des montagnes russes, tendus par les incertitudes. Cette nouvelle journée orageuse confirme l’onde de choc créée des deux côtés de l’Atlantique par la dégradation de la note américaine par Standard & Poor’s. Le point avec Andreas Höfert, chef économiste chez UBS.
Le terme de «crise mondiale» est désormais omniprésent dans les médias; comment est-on passé de crises de la dette isolées à une crise globale?
Andreas Hoefert: Les crises américaine et européenne n’étaient pas isolées, mais deux facettes d’une seule et même crise. L’origine de cette dernière remonte aux année 2000, avec la bulle technologique. Parallèlement, l’euro a été introduit dans l’Union européenne, où certains pays se sont retrouvés avec des taux d’intérêt très bas. En 2008, la crise financière – due à une politique laxiste et aux excès de crédits – a accéléré le mouvement: en procédant au sauvetage des banques, les Etats se sont endettés massivement, aussi bien en Amérique qu’en Europe. Leur croissance, elle, a chuté. Après une accalmie d’un ou deux ans, les choses se sont à nouveau emballées avec la crise de la dette souveraine.
Puisque les crises européenne et américaine sont étroitement imbriquées, pourquoi ne pas chercher une solution commune?
Les coordinations sont certes toujours les bienvenues. En 2008, la porte de sortie de la crise avait par exemple été découverte lors d’un sommet du G20: les Européens avaient expliqué aux Américains comment sauver leurs billes. Actuellement, les différences de fonctionnement entre la Banque centrale européenne (BCE) et la Réserve fédérale américaine (Fed) empêchent néanmoins toute action concertée. Au contraire de la Fed, la BCE n’a pas le droit de faire marcher la planche à billets. Cette fois-ci, ce sont donc les Etats-Unis qui ont les meilleurs outils pour s’en sortir. De son côté, la BCE révèle qu’elle n’est pas à la hauteur de la crise, puisque ses statuts ne lui permettent pas de prendre les mesures de lutte adéquates. D’ailleurs, elle a toujours une bataille de retard: le dernier plan qu’elle a présenté ne suffira pas à sauver l’Espagne. Et encore moins l’Italie...
Vous évoquez une «bataille de retard» alors même que la crise est en gestation depuis plus de dix ans des deux côtés de l’Atlantique; l’effondrement des marchés auquel on assiste n’aurait-il pas dû, au contraire, être anticipé?
La dégradation de la note américaine (par l’agence de notation Standard & Poor’s), les marchés l’avaient anticipée. Ce qui a fait dégringoler les marchés, ce sont les doutes sur la croissance américaine. Les dernières prévisions sont plus mauvaises que prévu. Quant au taux de chômage, il demeure élevé. Une conjonction de données qui inquiète même les Américains: je viens de passer des vacances aux Etats-Unis et j’ai constaté que le cœur n’y est plus... Côté européen non plus, ce n’est pas la décision de Standard & Poor’s qui a fait déborder le vase. Les places boursières se sont effondrées avant, lorsque le président de la BCE a révélé des dissensions au sein de l’UE.
Reste que la dégradation de la note américaine inquiète; et qu’on se demande si les Etats-Unis parviendront à récupérer leur AAA, comme l’ont fait le Canada, l’Australie et plusieurs pays scandinaves...
Pour parvenir à remonter la pente, les Américains devront accepter de changer leur politique en profondeur. Ils ne peuvent pas se permettre de ne pas augmenter les impôts! Le débat sur le plafonnement de la dette était un faux débat, où les politiciens cherchaient à anéantir leurs adversaires. La dégradation de la note américaine a fait beaucoup de mal au président Obama, alors que le gros des dépenses est à mettre sur le compte des occupants précédents de la Maison-Blanche! I
Ça y est: un franc vaut un euro!
La nouvelle est tombée hier vers 21 h: la parité du franc suisse avec l’euro est atteinte, même si ce seuil psychologique n’a pas encore été franchi. En effet, le franc a inscrit hier soir un nouveau record face à l’euro, à 1,0075 fr. pour 1 euro, tout proche de la parité, qu’il n’a cependant pas encore franchie. Après les informations de la Fed américaine, le franc s’est approché encore plus rapidement que craint de ce niveau. La Fed a annoncé qu’elle maintiendrait ses taux proches de zéro au moins jusqu’à mi-2013. Elle a admis que les risques de recul de l’économie ont augmenté.
Par rapport à l’euro, le franc a gagné près de 8 centimes en une seule journée: hier matin, il était encore à 1,08 fr. pour 1 euro. Face au dollar, la hausse a été de près de 5 centimes. Après les 0,7590 fr. d’hier matin, le dollar a atteint un plus bas à 0,7069 fr. Le marché se demande maintenant quand la BNS va prendre des mesures et lesquelles. lib/ats






