La bataille des caissettes à journaux va commencer
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Le vent de «remise en ordre de l'espace public» qui souffle sur la Ville de Genève a eu raison des traditionnelles caissettes à journaux. L'an prochain, celles-ci seront progressivement remplacées par des ensembles uniformes en acier inoxydable de deux à cinq éléments, baptisés «pôles presse». Le Conseil municipal a donné son aval à ce projet cher au conseiller administratif Pierre Maudet, en débloquant (le 4 novembre dernier) un crédit d'un demi-million de francs. Les trottoirs y gagneront de l'espace. Mais certaines petites publications resteront au bord du chemin.
Pierre Maudet a eu plusieurs fois l'occasion de rassurer sur ses intentions. Il ne s'intéresse pas tant à ce qu'il y a dans les boîtes à journaux qu'à la boîte elle-même. Les caissettes disparates sont en effet jugées peu esthétiques. On leur reproche aussi d'être disséminées de manière «anarchique» sur les trottoirs qu'elles encombrent. Bref, elles font désordre. En plus, les diffuseurs ne payent aucune taxe. Un règlement existe pourtant, mais de mémoire d'Antonio Pizzoferrato, responsable à la Ville du domaine public, il n'a jamais été appliqué.
Gauchebdo menacé
Dans son élan de salubrité, la Ville veut ramener le nombre de caissettes sur le territoire municipal de 1200 à 900, réparties par grappes sur 346 emplacements. Selon un rapport de commission, ce volume a été décidé «d'entente avec les éditeurs».
Edipresse est assuré d'occuper le haut du pavé avec la Tribune de Genève, Le Matin et Le Matin bleu. Le 20 Minutes de Tamedia n'a pas trop de souci à se faire non plus, de même que le GHI et Le Courrier.
D'autres seront cependant exclus de la rue. Les publications purement commerciales, comme Logic–immo. Mais – peut-être aussi – l'hebdomadaire Gauchebdo, héritier de la pensée de Léon Nicole. Le 17 novembre, Pierre Maudet a écrit aux responsables de la publication que celle-ci n'entrait pas dans les critères d'attribution. Il invoquait notamment «le contenu rédactionnel, le faible tirage et la fréquence de parution». D'après Jérôme Béguin, journaliste, les services de M. Maudet évoquent aujourd'hui un «malentendu». L'hebdomadaire pourrait conserver quelques-uns de la dizaine d'emplacements qu'il revendique. Reste un problème de taille: le prix! Il lui faudrait débourser 660 francs pour l'achat de chaque caissette (400 francs pour le modèle sans tirelire). Or, il ne les a pas.
Du mobilier «aligné-couvert»
Le problème se pose également pour les finances souffreteuses du Courrier, contraint de remplacer une cinquantaine de caissettes. Notre journal loue ponctuellement ces emplacements à divers acteurs culturels. Cela rapporterait en moyenne 10 000 francs par an, informe Frédérique Bouchet, codirectrice administrative. Quant à la redevance pour l'utilisation du domaine public qui sera désormais perçue, elle sera d'une quarantaine de francs par mètre carré, indique M. Pizzoferrato. Celui-ci précise que les nouvelles caissettes coûtent «100 francs de moins que les modèles actuels» et que la Ville contribuera à leur entretien. De plus, elles ne seront pas remplacées d'un coup, ce qui permettra d'amortir les frais.
La Vie protestante fait aussi partie des exclus. Certes, le journal ne dispose aujourd'hui que d'une seule caissette sur la voie publique, mais il était prévu d'en implanter cinq ou six, affirme Serge Bimpage. «C'est très, très embêtant pour des questions de visibilité», réagit le responsable de publication. Restent les parvis des édifices religieux, mais c'est prêcher des convertis, déplore-t-il. Sur le fond, il soupire que «cette obsession du mobilier urbain aligné-couvert [le] laisse pantois. Mais dans cette affaire, c'est David contre Goliath (les gros éditeurs, ndlr). Sauf que la fin n'est pas conforme à la bible...» I





