L'Irak face au fléau des bombes à fragmentation
- Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires

Il y a urgence. «On dénombre chaque jour plusieurs dizaines de victimes de mines et de munitions non explosées, dans tout l'Irak», prévenait, de Genève, Handicap International le 25 avril dernier. L'organisation lance, ces jours-ci, une campagne de sensibilisation de la population irakienne à ces dangers.
L'Irak est envahi par les mines. Des centaines de ces engins ont été enterrés par l'armée irakienne pendant la guerre contre l'Iran puis celle du Golfe en 1991, notamment. Mais ce sont d'autres armes, employées elles par les forces anglo-étasuniennes, qui posent le plus de problèmes aux organisations humanitaires sur place: les très controversées bombes à fragmentation.
Ces armes n'ont rien de chirurgical. Elles laissent échapper des centaines de sous-munitions sur une surface de la taille d'un terrain de football. 5% à 30% de ces minibombes n'explosent pas au contact du sol et attendent leur heure. Washington a concédé avoir largué 1500 bombes à fragmentation pour déboulonner Saddam Hussein. Mais seule une infime minorité ont été tirées près de zones habitées par des civils, a précisé devant la presse Richard Myers, le chef d'état-major interarmées étasunien.
Un seul «dommage collatéral» avait alors été admis. S'agit-il du bombardement du quartier de Al-Hilla, qui tué des dizaines d'habitants le 1er avril? Toujours est-il que les premières constatations récoltées sur le terrain par Handicap International apportent un nouveau démenti aux propos rassurants du général Myers.
«Des bombes à fragmentation ont été massivement utilisées dans des zones urbaines, visant donc principalement des civils, en violation des Conventions de Genève», conclut Handicap International dans son communiqué. «En Irak, les emplacements des champs de mines sont plus ou moins connus», avance Paul Vermeulen, directeur de la section suisse de l'organisation. Contrairement aux sous-munitions qui n'ont pas explosé. «En plus, ces dernières sont bien plus instables et puissantes qu'une mine antipersonnel», poursuit-il.
De nombreux démineurs sont déjà à pied d'oeuvre. Mais en attendant que ce travail de Sisyphe avance significativement, l'urgence est à la prévention. Handicap International a ainsi conçu un dépliant afin d'informer les Irakiens sur les différents engins qu'ils peuvent rencontrer et les comportements à adopter. D'énormes stocks de munitions ont également été abandonnés par l'armée irakienne en déroute.
Le document, très visuel, sera imprimé à 200 000 exemplaires et distribué à Bagdad mais aussi dans le centre et le sud du pays par l'UNICEF. On sait en effet que les enfants sont particulièrement curieux de ces minibombes de la taille d'un jouet et aux couleurs vives. Dans un deuxième temps, Handicap International prévoit des actions de sensibilisation de masse, grâce à des messages télévisés et radiodiffusés ou des séances d'information systématiques dans les écoles.
MORATOIRE EXIGÉ
Les ONG réclament avec de plus en plus d'insistance un moratoire sur les bombes à fragmentation. Produisant les mêmes effets après les conflits que les mines antipersonnel, ces armes seront-elles également bannies? Ces revendications humanitaires se heurtent aux avantages militaires que procurent ce genre de munitions. «Les soldats ou les blindés se trouvant dans la zone arrosée sont anéantis», explique Paul Vermeulen.





