Lundi, 21 mai 2012

L’envers du jeu

SAMEDI 27 AOûT 2011

Paul McGuire est un écrivain raté reconverti en journaliste paumé qui squatte le canapé de son frère dans le Bronx. Son addiction aux jeux d’argent et son prêt pour aller à l’université l’ont durablement endetté. Quand un site de poker l’engage pour aller suivre les World Series of Poker à Las Vegas, il n’hésite pas longtemps. Et tant pis si son salaire finira immanquablement sur le tapis vert de l’un des nombreux casinos de la «Ville compromise». Le voilà parti pour Sin City, cité du péché.
Le terrain de jeu de McGuire est en fait terriblement miné. Il y a plus de trente ans, Hunter S. Thompson publiait Las Vegas Parano, ouvrant la voie au gonzo, un journalisme alcoolisé, amphétamisé et forcément un peu subjectif. Thompson décrivait la ville comme la mère de tous les vices et comme la fosse commune dans laquelle le rêve américain avait trébuché. Difficile de faire mieux. Pourtant McGuire s’en sort très bien. Son récit oscille entre deux postures: en tant que journaliste spécialisé dans le poker, il est capable d’une froide distanciation, notamment lorsqu’il s’agit d’analyser les parties et l’industrie du jeu; mais c’est aussi un joueur un peu compulsif, qui ne crache pas dans son verre ni sur une partie de jambes en l’air. «Docteur Pauly» comme le nomme les habitués du tapis vert, cohabite avec une sorte de Mister Hyde du vice et du jeu.
A travers des portraits décalés – des joueurs névrosés qui s’oublient autour des tables et des machines – et des scènes cocasses – comment se prendre un râteau auprès d’une serveuse fan de Jésus et enceinte jusqu’au cou –, Las Vegas semble s’animer et devenir un personnage, le véritable héros du livre de McGuire. La ville aimante et aspire les hommes, puis les recrache, fauchés, exténués. A la fois glauque et baroque, ce récit étiqueté «document» par son éditeur dévoile la sordide réalité d’une cité entièrement organisée autour de l’industrie du jeu.

Vous devez être loggé pour poster des commentaires
Share this