Vendredi, 24 mai 2013

L'Anti-Davos entre en mouvement(s)

LUNDI 19 JANVIER 2004
De Lugano à Delémont en passant par Zurich et son «Autre Davos», quelque 2000 altermondialistes ont exprimé, samedi, leur opposition à la globalisation militariste et néolibérale. Préférant la prospective aux slogans, les participants à la conférence d'Attac ont planifié les prochaines luttes sociales.

MOUVEMENT PLUS MÛR

Aujourd'hui, les guerres ont eu lieu et l'Afghanistan ainsi que l'Irak sont loin d'avoir retrouvé la liberté et la croissance promises. De leur côté, les «global leaders» et plus de 1000 multinationales se retrouveront à Davos pour discuter, du 21 au 25 janvier, des moyens d'oeuvrer «Ensemble pour la sécurité et la prospérité».

En réponse à cette «hypocrisie néolibérale», la conférence internationale L'Autre Davos, organisée par Attac-Suisse et soutenue par une cinquantaine d'organisations, aura attiré plus de 700 militants prêts à mettre fin à «la mondialisation de la violence, à l'impérialisme et à l'expropriation globale». Un mouvement plus mûr, selon le secrétaire d'Attac Suisse, Alessandro Pelizarri, disposé à travailler sur des alternatives concrètes en se permettant, ancienneté oblige, l'économie des grands débats de fond.

PROJET DE CONQUÊTE GLOBAL

«Derrière la question de l'Irak se cache sur la durée un projet global. Ce que j'appellerais une guerre sans limites, prolongée dans le temps et dans l'espace, qui vise à redessiner le Moyen-Orient et à imposer la domination étasunienne», constate Lars Steinau. Pour ce militant de l'association française «Agir contre la guerre», le projet Bush ne s'arrête pas à la conquête territoriale, il vise à plus long terme à dominer, en imposant un monopole sur le pétrole, ses concurrents capitalistes – réels ou potentiels – que son l'Union européenne, la Chine et la Russie.

Au dire des conférenciers, la seule stratégie qui puisse couper court aux envolées hégémoniques du Gouvernement étasunien passe par l'Irak. «L'existence de la résistance en Irak est la seule sécurité que la Syrie et l'Iran ne soient pas attaqués», explique Sébastian Zehetmair, du mouvement antiguerre en Allemagne. Pour ce militant, un soutien massif doit être apporté à ces actions de résistances irakiennes. Pour le 20 mars, en écho au FSE, les mouvements altermondialistes appellent à une manifestation mondiale contre l'occupation de l'Irak, un an après le début de la guerre.

Mais les Etats-Unis ne sont pas le seul pays à mener une politique néo-impérialiste. L'Union européenne cherche aussi à conserver des zones d'influence globale. L'exemple le plus flagrant en est le conflit qui a récemment opposé le Nord et le Sud sur la question de la libéralisation de l'agriculture au sommet de l'OMC, à Cancun.

MOBILISATIONS À VENIR

Pour les militants de l'Anti-Davos, la domination ne se limite pas à la guerre impérialiste. Les ateliers de L'Autre Davos ont aussi débattu d'autres formes d'aliénation. Au niveau national, la 11e révision de l'AVS, qui vise à démanteler certains acquis, et la lutte pour une assurance-maternité nationale préoccupent les associations. Mais pas seulement. La présence à L'Autre Davos, plutôt qu'au Forum économique mondial (WEF), de Paul Rechsteiner, président de l'Union syndicale suisse, et de Christine Goll, présidente du Syndicat des services publics (SSP), prouve l'urgence de la création d'un large mouvement de contestation aux politiques néolibérales en Suisse. Chacun des représentants syndicaux a promis de travailler, en collaboration avec les mouvements altermondialistes, sur un réel projet politique, de durcir les luttes et de mobiliser massivement pour le 9 mai. Date choisie par le FSE pour une mobilisation mondiale contre le démantèlement social.

Par ailleurs, le SSP, Comedia et les organisations féministes ont déclaré le 8 mars prochain Journée nationale de mobilisation contre la 11e révision de l'AVS et pour une assurance-maternité nationale. Pour lutter contre la privatisation des services publics, une plate-forme syndicats-usagers-mouvements altermondialistes est, par ailleurs, en train de se créer. Une journée d'action nationale est prévue en automne.

Pour le continent américain, les mouvements ont appelé à la mobilisation contre l'ALCA (Accord de libre-échange des Amériques). Mené sous l'égide de George W. Bush, l'accord ferait de l'Amérique latine un marché totalement ouvert aux transnationales étasuniennes.

David Harvey, géographe étasunien, rappelle qu'aux USA aussi, la résistance au gouvernement Bush s'organise. Et se renforce de telle manière que les prochaines élections pourraient voir la chute du républicain. Comme un appel, le scientifique conclut en mettant en garde les anti-Davos européens «Rappelez-vous que vous ne nous aidez pas en étant anti-américains. Anti-Bush, si vous voulez, mais pas anti-américains.»

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