L'absence de papiers nuit gravement à la santé
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«Dans ce pays, nous n'avons pas tous droit à la santé.» C'est devant une salle comble qu'une femme sans papiers a donné le ton, samedi, lors de la Journée de l'Entraide protestante suisse (EPER) sur la santé des personne sans statut légal. Plus de cent cinquante personnes, issues principalement du monde associatif, y ont participé. Un forum presque exclusivement consacré aux Latino-américains, puisque le séminaire donnait suite au projet des «Permanences volantes» de l'EPER: depuis deux ans, des animatrices informent les femmes sans papiers au sujet de la santé dans des lieux fréquentés par les communautés sud-américaines.
Coupables conditions de vie
«Les migrants arrivent généralement en bonne santé, mais celle-ci se dégrade au fil du temps», a poursuivi la militante bolivienne du Collectif de travailleuses et travailleurs sans statut légal de Genève (CTSSL).
En cause: les conditions difficiles de logement, de travail et d'alimentation: «J'ai vu un studio partagé par quinze personnes à Genève», a attesté une membre de la Communauté chrétienne latino-américaine. «Dans ces conditions, comment s'alimenter pour pas cher?» interroge-t-elle.
Par ailleurs, la peur d'être expulsé cause une angoisse permanente. Si on ajoute à cela l'éloignement de la famille – certaines femmes sont même obligées de laisser leurs enfants au pays pour subvenir à leurs besoins –, le changement fréquent de travail et d'appartement, il n'est pas rare de voir apparaître des symptômes psychosomatiques graves et des maladies physiques, indique Jean-Claude Métraux, ethnopsychiatre, fondateur de l'association Appartenances[1]. D'autant plus, insiste-t-il, si le «projet de migration» – qui peut être l'envoi d'argent au pays ou encore la réussite scolaire des enfants – échoue après plusieurs années passées en Suisse.
Se soigner: une gageure
Si la Suisse rend malade, peut-elle soigner? En Romandie, plusieurs hôpitaux fournissent des soins à bon marché, voire gratuits, aux sans-papiers. A Genève, un service spécifique, l'Unité mobile de soins communautaires (UMSCO), a été mis sur pied à l'Hôpital cantonal: «Il n'y a pas de limitation dans l'accès aux soins pour les sans-papiers. Solvables ou pas, ils peuvent même être opérés du coeur», assure Hans Wolff, médecin à l'UMSCO. Une structure similaire existe à Lausanne[2]. En revanche, rien de tel en Suisse allemande. Seules des structures privées ont été créées, comme à Bâle où un réseau d'une vingtaine de médecins est en place. Il existe également de nombreuses structures informelles de soins, parfois illégales, aussi en Suisse romande: la nécessité pousse certaines communautés étrangères à organiser leurs propres services médicaux, parfois sans en référer à l'autorité compétente.
Mais tous les travailleurs sans statut n'ont pas recours aux soins existants: la peur d'être dénoncé, la méconnaissance des structures médicales et la cherté des traitements en dissuadent plus d'un. L'ignorance de certains fonctionnaires qui conseillent aux gens de rentrer dans leur pays, plutôt que de répondre à leurs besoins, achève de semer la confusion.
Question assurances, il y a une eu avancée notable en 2002: les caisses maladie sont désormais tenues par la Confédération d'accepter les «illégaux»[3]. Mais plusieurs assureurs traînent les pieds. Ou demandent une attestation de domicile officielle, ce qui est impossible à obtenir. D'autres «oublient» simplement d'informer leurs employés.
Reste que le coût des primes est difficilement accessible pour la plupart des sans-papiers. Et seuls quelques cantons leur octroient des subsides. I





