Jaffa, une coexistence amère
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PROCHE-ORIENT • Jaffa, autrefois modèle de coexistence judéo-arabe, connaît des tensions intercommunautaires de plus en plus virulentes.
Rien dans le spectacle de la rue ne laisse imaginer que Jaffa au bord de mer, intégrée au Grand Tel-Aviv, a été le théâtre au début du mois de graves incidents intercommunautaires. Plusieurs extrémistes israéliens y profanaient 25 pierres tombales dans deux cimetières, l’un chrétien, l’autre musulman, provoquant une intense émotion dans la minorité arabe.
En réaction, des centaines de personnes descendaient dans la rue pour dénoncer «la montée du racisme», puis à quelques jours d’intervalle une bouteille incendiaire était lancée contre une synagogue. Rien ne laisse deviner ces tensions si ce n’est les bouffées de haine qui jaillissent parfois quand les langues se délient.
Langage de la force
Selon Khaled, jeune étudiant arabe, «les fanatiques juifs donnent ostensiblement dans la provocation. Ceux-ci d’ailleurs ne comprennent que le langage de la force... Nous ne sommes plus que quelques milliers d’arabes à Jaffa, mais pourtant ils cherchent à nous faire déguerpir. Ils n’y arriveront pas comme ils n’y sont pas arrivés en 1948!» Lui répond à distance, éloigné seulement de plusieurs centaines de mètres, le coiffeur David, les ciseaux à la main: «Les Arabes de Jaffa sont de plus en plus politisés. Ils s’alignent sur les mots d’ordre du Hamas. Les jeunes surtout ne se font pas prier pour troubler l’ordre public.»
Dialogue de sourds
Un dialogue de sourds sur fond de disparités sociales. En effet, sur les ruines, sur les terrains en friche, se sont construits des immeubles résidentiels de grand luxe qui tranchent sur les maisons rongées par le sel de la mer des Arabes de Jaffa. D’un côté, la richesse étalée au grand jour, de l’autre, une pauvreté de moins en moins silencieuse. D’un côté, les signes extérieurs de la bourgeoisie israélienne triomphante, de l’autre, un style de vie oriental modeste et familial. Entre les deux, un mur d’incompréhension. Pourtant les deux populations se côtoient quotidiennement et ne peuvent s’ignorer.
Le conflit des deux nationalismes s’est soudain déplacé ces derniers jours sur le terrain religieux. Cela fait craindre, dit la police, des désordres intercommunautaires d’autant plus violents dans cet appendice du Grand Tel-Aviv qui se voulait une vitrine de la coexistence judéo-arabe. «En se prolongeant pendant des décennies, le conflit israélo-palestinien a eu pour conséquence sur les jeunes de Jaffa de leur forger une conscience politique», souligne la députée Haneen Zoabi
Porte de la Palestine
Jaffa a été pendant des siècles la porte de la Palestine sur le monde extérieur. Une ville portuaire arabe au sud de la métropole juive en pleine expansion, Tel-Aviv. La guerre de 1948 devait modifier en profondeur la réalité géopolitique de cette cité maritime. La plupart des habitants arabes ont fui par la mer les combats qui faisaient rage. Il se sont enfuis en direction de la bande de Gaza et de l’Egypte. Une petite minorité devait néanmoins s’accrocher à ses maisons, à ses terres. Ceux qui sont restés devaient s’acclimater tant bien que mal à leur nouvel environnement. Mais après tant d’années de refoulement, les jeunes nés à Jaffa se réclament à nouveau de leur identité palestinienne.
Des graffitis anti-Arabes sont aussi apparus sur les murs de Bat Yam, une cité-dortoir à proximité de Tel-Aviv. Comme si le phénomène de l’intolérance avait tendance à s’étendre dans la plaine côtière. L’un des graffitis réclamait d’un club de football local qu’il se sépare de ces joueurs arabes. Face à cette spirale de la xénophobie, la police a renforcé ses effectifs autour des sites religieux. la liberté






