SOPHIE
MALKA
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«Tsiganes
suisses? Ça n`existe pas!» Telle a été
la réponse de Berne au consulat suisse des Pays-Bas occupés
par les nazis suite à la demande de protection émanant
d`un Jenisch au passeport suisse résidant à La Haye.
Un homme dont la trace figure dans le livre des victimes d`Auschwitz
avec pour mention: Schweizerzigeuner. Cet homme a réussi à
échapper au camp de la mort... et à une mort certaine.
Il a retrouvé sa femme dont il avait été séparé
durant la guerre et s`est installé en Hollande. «Mais
il n`est jamais revenu en Suisse» a relevé mercredi
soir à Genève l`historien Thomas Huonker auteur
avec Regula Ludi du rapport Bergier sur la politique helvétique
à l`égard des gens du voyage durant la période
nazie.
«Tsigane suisse ça n`existe pas!» Phrase terrible
comportant la négation d`un peuple d`une culture.
Une phrase néanmoins significative symbolique d`une constante
dans la politique de la Confédération à l`égard
des Roms Sinti Jenisch et autres Gitans depuis le début du
siècle. Une constante que Thomas Huonker n`estime pas encore
éliminée. Même si - signe d`espoir? - en repoussant
provisoirement le délai de départ des minorités
Roms et Ashkalis vers le Kosovo où leur sécurité
serait clairement menacée «la Suisse a pour la première
fois explicitement qualifié les Tsiganes de victimes de persécution».
UNE HISTOIRE
NÉGLIGÉE
Dans le cadre du Festival Black Movie et de la semaine «Genève
au bout du monde» organisée au Théâtre Saint-Gervais
autour du thème des «Passages» ce spécialiste
de l`histoire tsigane était invité avec Michèle
Fleury historienne et collaboratrice de la Commission indépendante
d`experts «Suisse-Deuxième guerre mondiale»
à présenter les résultats de sa recherche.
Une recherche uniquement publiée dans la langue de ses auteurs
- ici en allemand - a relevé Michèle Fleury soulignant
ainsi l`intérêt de la présenter à un
public romand. D`autant a enchaîné Thomas Huonker
qu`il s`agit «du premier ouvrage consacré aux
Sintis Roms et Jenisch sur cette période publié en Suisse».
Une histoire longtemps négligée passant sous silence
un génocide. En Europe entre 600 000 et un million de Tsiganes
ont été déportés et exterminés.
«Puisque la Confédération n`en a pas les moyens
pourquoi ne pas lancer une souscription et faire traduire ce rapport»
a alors lancé encouragé par la salle Karl Grünberg
permanent de l`Association romande contre le racisme à l`origine
de la manifestation à Saint-Gervais. L`état des travaux
et des sources helvétiques sur la question est si pauvre a ajouté
Thomas Huonker qu`il est impossible de dire aujourd`hui combien
d`individus de familles appartenant au collectif gitan ont été
refusés à la frontière. Des traces montrent que
certains refoulements se sont avérés fatals. Genève
seul canton à disposer d`archives complètes fait
état de treize refoulements - une famille et le fameux guitariste
de jazz Django Reinhardt.
QUESTIONS D`AUJOURD`HUI
La difficulté de la recherche a été accentuée
par la réticence des gens du voyage à donner leur identité
ou du moins à dire qu`ils étaient Jenisch Sintis
ou Roms. En raison d`un passé trop douloureux? Dès
la fin du XIXesiècle rappelle le chercheur des scientifiques
ont tenté de démontrer des «prédispositions
génétiques au nomadisme». Des théories racistes
suivies par une politique visant à éliminer une culture
et tout un peuple.
Expulsions et interdictions de territoire dès 1906 aux Roms et
Sintis les Tsiganes étrangers - la Suisse est le premier pays
à se déclarer «libre de Tsiganes». Stérilisations
forcées; enlèvement de 1926 à 1973 des enfants
jenisch - les autochtones - à leurs parents. Une volonté
d`assimiler de «normer» conduite sous l`égide
de «Pro Juventute» et avec le silence complice des autorités:
des conseillers fédéraux siégeaient au conseil
d`administration de la fondation rappelle l`historien.
A cela s`ajoute l`établissement d`un «Registre
tsigane» en Suisse dès 1911 qui sera étendu sur
le plan international en 1920. Sous le contrôle d`Hitler
durant la guerre il sera déserté par les Alliés
«mais pas par la Suisse». Fichage prise d`empreintes
digitales privation de liberté pour les hommes parfois pour
les femmes et les enfants. Un véritable processus de criminalisation
de stigmatisation d`une communauté que la Suisse a aussi
appliqué aux Juifs avec le tampon «J» relève
Michèle Fleury. Le rapport raconte le racisme d`Etat les
rares parcours dramatiques que les chercheurs ont pu identifier.
Il montre que la politique suisse à l`égard des Tsiganes
a été inhumaine avant pendant et après la guerre.
Et il pose enfin des questions sur la pratique actuelle. Sur l`acceptation
dans sa différence d`une communauté. Et sur le processus
de fichage et de criminalisation aujourd`hui appliqué aux
requérants d`asile.
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