SIMON PETITE
Nos voisins français ne sont pas complètement dupes. La rencontre de mercredi à l'Elysée sur les Roms et les gens du voyage visait à faire diversion aux affaires qui plombent la Sarkozie. La réunion portait sur le «comportement problématique» de certains membres de ces communautés. En cause: les violences après la mort de l'un des leurs, tué par un policier il y a une dizaine de jours.
Depuis ces événements, Nicolas Sarkozy a repris son thème favori de l'insécurité et nul ne s'étonne de la nature des mesures annoncées mercredi. Les autorités prévoient le démantèlement de quelque 300 camps considérés comme illégaux, mais aussi davantage d'expulsions vers la Roumanie et la Bulgarie ainsi qu'une collaboration policière accrue avec ces deux pays.
Un remède de cheval qui met dans le même sac mendiants roms tout juste arrivés de Bucarest et Gitans qui ont la nationalité française depuis des lustres. Un amalgame aux relents racistes.
Une énième fois, il y a de quoi fustiger le populisme d'un président en difficulté et sans scrupules. Sauf que la Suisse n'a aucune leçon à donner dans ce domaine. Le dérapage de Daniel Brélaz ne dépareillerait pas dans le paysage français. Le syndic de Lausanne a évoqué chez les Gitans «un trait de caractère profond» pour expliquer les déprédations et les ordures laissées après leur passage.
A bien des égards, la Suisse fait même pire que la France de Sarkozy. Songez à l'interdiction de la mendicité dans une ville aussi opulente que Genève. Quant aux gens du voyage, la France s'est au moins dotée d'une loi qui impose à toutes les agglomérations de plus de 5000 habitants de disposer d'une aire d'accueil pour leurs caravanes. Ce texte, datant du gouvernement Jospin, est évidemment loin d'être respecté. Mais des milliers de places ont tout de même été créées.
Rien de tel de ce côté-ci du Jura. En 2006, la Confédération avait vaguement recommandé la création de tels aménagements. Mais depuis, le document dort profondément dans un tiroir et, partout en Suisse romande, les autorités se renvoient la caravane. Maires et syndics en appellent aux conseillers d'Etat, lesquels invoquent la compétence communale. Et ainsi de suite.
L'aménagement d'aires d'accueil ne résoudrait pas tous les problèmes de cohabitation entre nomades et sédentaires. Mais cela permettrait déjà d'apaiser les tensions. Actuellement, l'hébergement des Gitans et Tsiganes de passage dépend du bon vouloir des paysans qui acceptent de louer leur champ. Vu l'improvisation générale, les désagréments retombent sur le propriétaire. Celui-ci, après avoir convoqué les médias, jure qu'on ne l'y reprendra plus. Pas étonnant que les gens du voyage soient toujours plus rejetés. «Tant qu'on n'aura pas réalisé les places promises, on ne pourra pas reprocher aux gens du voyage de stationner là où ils le peuvent», déclarait le président d'une association française de défense des Tsiganes. Une remarque de bon sens, encore davantage valable pour la Suisse.