RACHAD ARMANIOS
C'est rageant! Pour deux cents signatures –une paille–, l'initiative pour l'abolition des forfaits fiscaux dans le canton de Vaud avorte. Cet échec de la gauche ne la grandit pas vu l'importance de ce débat qui a des échos un peu partout en Suisse. Mais c'est d'abord le Parti de la gauche radicale POP qui boit la tasse, puisqu'il s'est placé comme fer de lance du comité d'initiative et que, parmi les différents partenaires, il n'a pas rempli son quota de signatures. Alors qu'il avait probablement le potentiel pour faire aboutir le texte, a-t-il mal bétonné son affaire en partant bille en tête et en faisant cavalier seul?
Il préfère en tout cas épingler la gauche gouvernementale pour son manque de soutien logistique. A raison si l'on songe que, pour ces partis, une petite matinée supplémentaire de pêche citoyenne aurait probablement permis de sauver la mise. Mais le Parti socialiste avait, justifie-t-il, d'autres initiatives sur le feu.
L'échec cuisant d'hier éclaire donc un essoufflement de l'extrême gauche et l'éternelle difficulté de la gauche à s'unir. C'est d'autant plus dommage que, même si les sujets fiscaux sont peu vendeurs, le terreau était fertile. Les citoyens signaient facilement, à en croire les initiants. En outre, sur un thème très proche –l'initiative fédérale des socialistes pour des impôts équitables–, la section vaudoise du parti avait facilement récolté 7000 à 8000 paraphes. Rappelons surtout la genèse de l'offensive, soit l'abolition des forfaits fiscaux à Zurich emportée en votation populaire. L'élan favorable qu'elle avait déclenché au niveau suisse est freiné par la mauvaise nouvelle d'hier.
L'effort militant n'aura toutefois pas été complètement vain puisque le lancement de l'initiative vaudoise a contribué, avec d'autres textes similaires outre-Sarine, à faire pression sur la Conférence des directeurs cantonaux des Finances. Elle s'est engagée à relever les montants des forfaits fiscaux et à harmoniser un tant soit peu la pratique entre les cantons. C'est un minimum pour éviter la sous-enchère fiscale entre voisins. Car, pour attirer les riches étrangers, c'est à qui exigera l'impôt le plus dérisoire en regard des moyens du contribuable, calculé non sur la fortune mais sur les dépenses estimées.
Les cantons latins sont champions en la matière. Vaud rafle la médaille d'or, après Genève, le Tessin et le Valais. Vaud coiffe ses concurrents sur le poteau si l'on considère également la kyrielle de fondations sportives totalement exemptées d'impôts installées sur son territoire, telles que les richissimes CIO et UEFA. Personne ne doute du caractère commercial de ces organisations, mais la fleur est justifiée par leur prétendu intérêt public.
Et par leurs retombées économiques. L'argument est similaire concernant les forfaits fiscaux dont l'abolition sacrifierait une poule aux oeufs d'or. Au contraire, peut-être ces privilèges privent-ils les trésors publics de précieuses entrées fiscales? Car la Suisse est attractive pour d'autres raisons, dont la qualité de vie. Difficile d'émettre des vérités, vu l'opacité entourant ces cadeaux et leurs bénéficiaires. Mais au-delà, c'est bien d'un choix de société qu'il s'agit: celui de l'équité face à l'impôt.