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«L'histoire est inscrite sous nos pieds»

Paru le Mardi 27 Juillet 2010
   LAURA DROMPT    

Genève GENÈVE - Des fouilles archéologiques prometteuses viennent de débuter à Carouge. Ce chantier a ramené l'archéologie genevoise sur le devant de la scène.
Depuis un peu plus d'une semaine, une équipe d'archéologues s'active derrière le bâtiment de l'Office cantonal des automobiles et de la navigation à Carouge. Mis sur la piste il y a une année par la découverte d'une série de tessons de céramique, ils espèrent y trouver un établissement romain datant du IVe ou du Ve siècle. Si les pièces mises au jour n'ont rien de très particulier, le contexte de cette trouvaille donne de grands espoirs aux spécialistes. Car non loin de là, en 1721, des orpailleurs avaient découvert un plat en argent, visible au Musée d'art et d'histoire sous le nom de missorium de Valentinien. Il s'agit d'un cadeau offert en de très rares occasions aux familles les plus importantes de l'Empire romain d'Occident (395-476). A cela s'ajoute la découverte de monuments funéraires romains dans les environs, en partie présentés à la mairie de Carouge. A signaler encore la mention du sacre du roi burgonde Sigismond dans la villa de Quadruvium. Cette dernière pourrait correspondre à l'emplacement de Carouge. Ce faisceau d'indices laisserait-il imaginer une riche villa romaine? Voire un palais? «On peut tout imaginer. L'enjeu de cette fouille est important, c'est certain. Mais il est encore un peu tôt pour se positionner», répond Gaston Zoller, le responsable du chantier.


L'exemple de Rouelbeau

Tandis que les archéologues cherchent les traces d'un établissement romain à Carouge, d'autres fouilles se déroulent actuellement dans le canton. C'est le cas du château de Rouelbeau, à Meinier, «où un projet magnifique est en cours», se réjouit l'archéologue cantonal, Jean Terrier. Ce monument, achevé en juillet 1318 selon les archives, était menacé par la forêt environnante. Depuis 2001, le château bénéficie d'un programme d'intervention destiné à en sauver les ruines. L'archéologue cantonal explique: «Le but est d'ouvrir cet endroit unique aux promeneurs, en l'intégrant dans le programme de renaturation des sources de la Seymaz. Les marais ainsi créés permettront de resituer le château dans son contexte d'origine. Nous allions ainsi la culture et la nature, pour préserver un patrimoine global.»
Les sites comme Rouelbeau sont rares. La plupart du temps, les fouilles sont dites «de sauvetage». Elles concernent généralement des lieux destinés à la construction. Afin d'éviter les situations où les promoteurs tombent par hasard sur des restes historiques, le Service cantonal d'archéologie effectue des sondages réguliers. Les sites potentiels sont répertoriés sur une carte, soigneusement tenue à l'écart du public par peur de fouilles sauvages. Si un aménagement est prévu sur une zone sensible, les archéologues peuvent ainsi intervenir en amont.


Mise en valeur des sites

Dans ces fouilles d'urgence, les archéologues disposent d'un temps limité pour effectuer des relevés aussi exhaustifs que possible avant d'abandonner le terrain aux pelleteuses. Ces sites ne sont donc jamais ouverts au public. «Le but poursuivi par les archéologues n'est pas de transformer la ville en musée. Les vestiges exceptionnels sont laissés à disposition, et puis nous avons ces fouilles de sauvetage où la pression des aménageurs se fait plus forte. C'est de l'archéologie à deux vitesses, en quelque sorte», commente Jean Terrier.
Dans les cas où les vestiges découverts sont trop exceptionnels pour être détruits, plusieurs solutions sont possibles. Certains lieux sont aménagés en parcs, comme le prieuré de Saint-Jean ou le parc de La Grange. D'autres sont intégrés dans les aménagements contemporains, tel le parking Saint-Antoine. D'autres encore sont aménagés en cryptes. Les exemples sont nombreux sous les églises, le plus connu étant celui de la cathédrale Saint-Pierre.
Et il reste encore de nombreux sites potentiels à fouiller, comme le confirme Jean Terrier: «On pourrait mettre un archéologue derrière chaque pelleteuse car l'histoire est inscrite sous nos pieds.» A défaut de tous les explorer, le scientifique énumère quelques chantiers à venir: «Il y a le collège Calvin, en cours de rénovation. Nous avons un projet sous l'église de Corsier, avec une probable villa romaine, et nous allons revoir la présentation de la promenade du prieuré de Saint-Jean d'ici à la fin de l'année.»
A Genève, l'archéologie se veut ouverte. La plupart des sites sont donc accessibles au public, avec une exception pour les temples de la Madeleine et de Saint-Gervais, visibles sur demande uniquement. Par cette ouverture, l'archéologue cantonal espère favoriser le dialogue entre les musées et le terrain. Il mise également sur la communication avec le public: «Que ce soit pour un conseiller fédéral ou pour le gamin du coin, on prend toujours un peu de temps pour expliquer ce que l'on fait.» I



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