PROPOS RECUEILLIS PAR MARIO TOGNI    

Genève ENTRETIEN - Alors que la gauche critique la hausse des prix, la Conseillère d'Etat Michèle Künzler estime avoir choisi «la moins mauvaise des solutions».
Fin juin, le Conseil d'Etat annonçait une hausse des tarifs des Transports publics genevois (TPG) de 6,6% dès le mois de décembre 2010. Une mesure qu'accompagne une augmentation de l'offre de près de 35% d'ici 2014. Alors que le contrat de prestations qui lie le canton et la régie publique passe devant le Grand Conseil en septembre, Michèle Künzler, conseillère d'Etat écologiste en charge de l'Intérieur et de la mobilité, répond à nos questions.

Augmenter les tarifs des TPG, n'est-ce pas un très mauvais signal alors qu'on essaie d'encourager les citoyens à y recourir?
C'est vrai, et ça ne m'enchante pas du tout de devoir faire cette proposition. Mais je dois faire au mieux avec les nombreuses contraintes qu'on m'impose: le Grand Conseil a voté un Plan directeur des transports collectifs qui prévoit une augmentation de l'offre de 37%, tout en me demandant d'aller au plus près d'un financement équilibré –à parts égales– entre les recettes (abonnements, billets...) et la contribution cantonale. C'est la quadrature du cercle et j'estime avoir limité la casse au maximum. Certains projets ont été reportés et des arrangements ont été trouvés pour d'autres, notamment en subventionnant les TPG pour le financement de nouveaux dépôts vers Blandonnet. Si toutes ces contraintes avaient été strictement prises en compte, l'augmentation des tarifs aurait atteint 22%! Nous avons choisi la moins mauvaise solution.

Est-ce toutefois le bon moment, alors que les travaux en ville entravent passablement la circulation des TPG?
Beaucoup de chantiers sont en cours aujourd'hui mais seront terminés dans une année... Malheureusement pour moi, j'arrive aussi à la tête du département alors que les tarifs des TPG n'ont pas bougé depuis six ans. Je crois qu'il faut surtout rappeler que le contrat de prestations 2011-2014 que nous proposons est très ambitieux. L'augmentation des prix est certes désagréable, mais elle est supportable en regard de l'immense amélioration des prestations qui l'accompagne. Le réseau de transport public va réellement changer d'échelle. Et pour tout le monde: au-delà des nouvelles lignes de trams, et leur réorganisation, la fréquence de nombreux bus va augmenter.


Votre parti, comme les socialistes, s'opposent malgré tout à une hausse des tarifs et demandent que l'Etat paie la différence...
Il faudrait alors trouver entre 8 et 10 millions de francs par année. Si les députés acceptent de les mettre, il n'y a pas de problème! Mais je ne vois pas de majorité politique pour aller dans ce sens. D'autant que la contribution publique aux TPG va déjà considérablement augmenter ces quatre prochaines années. Et elle reste pour l'heure au-dessus des 50%, aux alentours de 53 ou 54%. S'ajoutent à cela des arbitrages budgétaires difficiles. Si l'Etat prenait en charge ces 8 à 10 millions, il faudrait tailler dans d'autres prestations publiques. Or la sécurité ou l'école, par exemple, réclament aussi une hausse de budget. Dans ce contexte, la solution proposée est acceptable.

Les gens ont tendance à penser que les transports publics sont déjà très chers à Genève.
En comparaison suisse, Genève n'est de loin pas parmi les villes où les transports publics sont les plus chers. A Lausanne, c'est vrai, les tarifs sont plus bas. Mais cela est possible parce que la collectivité publique engage beaucoup plus de moyens. Ce sont des choix politiques. Dans les autres grandes villes, les transports collectifs sont plutôt plus coûteux.


Quels types d'usagers la hausse touchera-t-elle le plus? Et le moins?
Rien n'est encore défini à ce stade. La grille tarifaire sera finalisée une fois le contrat de prestation adopté. Mais j'ai clairement émis le souhait que les abonnements junior, mensuels ou annuels, ne soient pas –ou très peu– augmentés. De même que les abonnements mensuels adulte, alors que l'annuel pourrait augmenter un peu. La logique est de favoriser la clientèle stable (celle des abonnés, par opposition aux usagers ponctuels, ndlr). Même si, paradoxalement, le succès des abonnements à l'année a conduit à un léger recul des recettes au cours des dernières années. I



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Les parkings vides bientôt recensés

   MTI    



La Ville de Genève a accepté l'initiative dite des «200 rues piétonnes». Mais le canton aura le dernier mot. Allez-vous faciliter sa réalisation?
Le canton est compétent pour modifier les mesures de circulation et délivrer les autorisations de construire. Notre position est celle d'une autorité de surveillance. Cette initiative ayant été adoptée, nous devons apporter toutes les facilités pour la mettre en oeuvre. A ce stade, nous attendons des propositions concrètes, qui seront ensuite soumises aux différentes instances et services concernés.


La question des zones piétonnes est intrinsèquement liée celle des parkings, très conflictuelle. Qu'en est-il du Plan directeur cantonal du stationnement?
L'objectif est de le déposer avant la fin de l'année, de même que ceux concernant le réseau routier et la mobilité douce. Il comporte plusieurs enjeux. Nous devrions enfin disposer d'un décompte exhaustif des places de parc existantes à Genève et de leur utilisation, qu'elles soient publiques, privées, en surface ou en sous-sol.
Sans données fiables à ce sujet, la guerre de chiffres actuelle continuera. C'est seulement avec ces éléments en mains que l'on pourra mener un débat serein sur la compensation des places supprimées en surface.


Ce débat agite précisément la Ville de Genève. Etes-vous favorable au principe de compensation?
Partiellement, oui, et dans certaines zones. Mais dire que chaque place supprimée en surface doit être compensée par une nouvelle en sous-sol, c'est du délire! Et pas seulement pour des raisons écologiques. Economiquement, la construction d'une place souterraine coûte aujourd'hui au moins 50000 francs, car les parkings «faciles» à réaliser ont déjà été faits. Au final, ces emplacements sont très chers et peu rentables.


L'exécutif de la Ville tente d'imposer un compromis en acceptant le parking des Clés-de-Rive en échange de zones piétonnes. Une bonne stratégie?
Le domaine des transports vit depuis longtemps une confrontation idéologique stérile. Résultat: tout est bloqué. Le fait que la Ville tente quelque chose me semble tout à fait souhaitable. Trouver des arrangements, c'est cela faire de la politique. Après, ça marche ou ça ne marche pas...
Personnellement, si un nouveau parking devait se construire en Ville, celui des Clés-de-Rive me semble être le plus judicieux. Il a l'avantage de permettre la création d'une vraie place publique de qualité à Rive, où il existe encore des commerces et des bistrots. Mais après, il faudrait arrêter... propos recueillis par mti



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