MICHEL SCHWERI
Le patronat helvétique vient de (re)dévoiler sa nature à l'issue de la consultation sur un contrat type de travail fédéral pour les employés de maison. Il refuse en effet de réglementer les salaires minimaux de quelque 100000 travailleuses-eurs domestiques occupés dans les ménages privés, là où la défense collective et l'organisation syndicale sont quasi impossibles, là où l'arbitraire peut régner en maître quant aux conditions de travail. Les montants mis en consultation vont de 18,90 francs de l'heure (plus vacances et jours fériés) pour les employés non qualifiés à 22,90 francs pour les salariés formés. Des revenus pas mirobolants donc, inférieurs à 4000 francs par mois pour un plein temps.
Cette bonté fédérale en faveur des petites mains des ménages privés ne tombe pas du ciel. Elle concrétise l'engagement des autorités formulé avant le vote sur la confirmation de la libre circulation des personnes. Pour calmer les craintes syndicales envers les risques de l'ouverture des frontières, un renforcement des mesures d'accompagnement avait alors été promis, pour limiter l'éventuelle pression sur les salaires indigènes provoquée par une venue massive de travailleurs des pays communautaires. Une étude commandée par la Confédération à l'université de Genève avait d'ailleurs déjà mis en exergue une «nette sous-enchère salariale» dans le secteur en question.
Mais le patronat n'a aucune vergogne à retourner sa veste quand cela l'arrange. Tant l'Union suisse des arts et métiers que le Centre patronal ont ainsi fait part hier de leur refus «ferme» et «catégorique» des dispositions proposées. Quand bien même les associations d'employeurs agitaient –avant la votation du 8 février 2009– les futures mesures d'accompagnement pour faire admettre la libre circulation à leurs potentiels adversaires syndicaux. Selon ces officines patronales, les salaires proposés sont «nettement trop élevés» et pas assez adaptés aux conditions usuelles des régions et localités. Edicter de tels salaires minimaux créerait un «dangereux précédent».
Aujourd'hui que le masque est tombé, on peut tirer le bilan des votations et des promesses sur la libre circulation et ses mesures d'accompagnement contre la sous-enchère salariale. Les franges dures du patronat et de la droite parlementaire s'opposent désormais à ce contrat type. De même, la convention collective censée couvrir les travailleurs intérimaires –également brandie en son temps comme «appât» face aux syndicats– demeure bloquée par le refus des employeurs de ce secteur d'aligner les conditions de travail sur celles applicables aux employés fixes. La réalité apparaît crûment: la sous-enchère salariale reste bien le but du patronat, puisqu'il refuse toute mesure propre à l'endiguer.
La gauche doit accepter la leçon et durcir non seulement le ton mais aussi les actions pour arracher les mesures d'accompagnement gelées par le patronat. Car le seul progrès vraiment obtenu par les syndicats dans ce combat a été la reconduction de la convention collective du bâtiment. Mais pour cela, des milliers de maçons ont débrayé, ont fait grève ou ont manifesté aux quatre coins de la Suisse.