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Nyon déploie ses visions

Paru le Samedi 17 Avril 2010
   MATHIEU LOEWER    

Culture FESTIVAL Alors que son directeur Jean Perret tire sa révérence, Visions du Réel s'impose plus que jamais comme le rendez-vous incontournable de la planète documentaire.
La 16e édition de Visions du Réel bat son plein depuis jeudi et jusqu'à mercredi prochain. C'est la dernière pour Jean Perret, qui avait repris les rênes du Festival international du film documentaire de Nyon en 1994. Et il peut partir tranquille, fier du travail accompli! «Je pars en tous cas avec la satisfaction que ce festival s'est développé de façon assez spectaculaire et qu'il a petit à petit gagné l'intérêt d'un public plus large et des professionnels», tempère le directeur.
En seize ans, la manifestation a redéfini les frontières du documentaire, renonçant d'emblée à ce terme pour lui substituer celui de cinéma du réel. Car le genre, entre la révolution technologique des caméras numériques et les influences expérimentales, ne cesse de se réinventer. «Ce cinéma a été déployé, partagé dans sa formidable diversité et sa passionnante hétérogénéité. Le festival a été synchrone avec le développement international du documentaire de création, dont la chaîne franco-allemande Arte a été l'un des moteurs. Nous avons été partenaires et complices d'une évolution qui a démontré la richesse du genre», résume Jean Perret.


POLITIQUE OU INTIMISTE

Si Visions du Réel célèbre la diversité des approches, on peut toutefois identifier deux tendances majeures dans les oeuvres retenues. D'abord, un cinéma politique – «mais non idéologique, partisan ou militant», précise le directeur – abordant également des problématiques sociales et environnementales. Perret cite Into Eternity («une enquête sur les déchets radioactifs qui devient un film cauchemardesque et opératique»), Kafka au Congo («une comédie qu'aucun scénariste n'aurait pu imaginer, où l'on voit la corruption à l'oeuvre»), et Something about Georgia de Nino Kirtadze, lauréat du Grand Prix pour Un Dragon dans les eaux pures du Caucase (2005): «Il filme l'agression en Ossétie du Sud comme un reporter de guerre, mais aussi les civils derrière leurs fenêtres, tout en disposant d'un accès unique au pouvoir puisqu'il connaît le président Saakachvili.»
A l'autre bout du spectre documentaire, on trouve un «cinéma du 'je', de l'autobiographie, de la famille, du cercle intime». Ces films-là ont donné naissance à de nouvelles formes – comme celle du journal filmé – et démarches, parfois expérimentales ou proches de l'art contemporain. Le festival les accueille notamment dans la section Reprocessing Reality, dédiée cette fois à Tracey Emin. Plus connue pour ses installations, l'artiste britannique réalise des vidéos intimistes et provocatrices.


GRAND ÉCART

Invités des Ateliers, le New-Yorkais Alain Berliner et le Pékinois Wu Wuanguang incarnent ces deux tendances. Cinéaste solitaire filmant son père, son grand-père ou ses insomnies, le premier est décrit par Perret comme «un manipulateur, bricoleur et essayiste qui recycle des millions d'images collectées dans sa vie quotidienne». Figure centrale de la nouvelle vague du cinéma documentaire chinois, le second a réuni sous le toit de sa CDD Workstation des réalisateurs qui «développent des regards inédits sur leur société en dehors de toute économie d'Etat». Pour le projet My Village in 2007, il a confié des petites caméras à des paysans et leur a demandé de tourner la chronique de leur village.
D'autres documentaires chinois sont projetés dans le cadre d'un échange avec la Suisse chapeauté par Pro Helvetia. «Nous allons essayer de comprendre comment ces films, qui relèvent pour nous d'une forme d'exotisme, s'inscrivent dans la réalité audiovisuelle chinoise», explique le directeur de Visions du Réel.


CÉLÉBRITÉS ET DÉCOUVERTES

Au fil des ans, le festival a par ailleurs tissé des liens avec des auteurs reconnus – de retour avec leurs derniers films – dont Alain Cavalier (Irène), Nicolas Philibert (Nénette) et Frederick Wiseman (La Danse - The Paris Opera Ballet): «Ce sont des amis qui reviennent aussi pour dire au revoir, faire un 'dernier' tour de piste avec nous.» Et Visions du Réel se paie une autre star déjà passée par Nyon... mais à Paléo! Lou Reed vient présenter mardi Red Shirley, un portrait de sa cousine centenaire.
Moins connus du grand public, d'autres cinéastes figurent parmi les habitués ou les révélations de Nyon: Volker Koepp (Berlin-Stettin), Mike Hoolboom – enquêtant sur le suicide de son ami et monteur dans Mark– ou encore Donigan Cumming, qui signe avec Too Many Things «un film halluciné et hallucinant sur le trop grand nombre d'objets de consommation produit par nos sociétés». Autant d'auteurs et d'écritures originales qui plaident pour un cinéma documentaire en liberté, dont Visions du Réel s'est fait le porte-drapeau.



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Réels helvétiques

   MLR    

Pays du documentaire, la Suisse a toujours joui d'une belle exposition à Nyon, où la section Helvétiques lui est notamment réservée. C'est à nouveau le cas cette année avec pas moins de quatre films en compétition internationale: Aisheen [Still alive in Gaza] de Nicolas Wadimoff et Béatrice Guelpa (voir notre édition du mardi 13 avril); Beyond this Place de Kao La Belle, qui met en scène les retrouvailles du réalisateur avec son père fumeur de joints; Guru - Bhagwan, His Secretary & His Bodyguard, plongée dans une secte signée Sabine Gisiger et Beat Häner; ainsi que la coproduction Together de Pavel Kostomarov.
Le cinéma suisse est aussi représenté dans les autres sections phares du festival. Après un Mutter remarqué en 2002, Miklós Gimes dévoile le portrait d'un journaliste mystificateur (Bad Boy Kummer) à l'enseigne des Investigations. Sous la bannière Tendances, on retrouve Simone Fürbringer et Nicolas Humbert, auteurs avec Werner Penzel de Lucie & Maintenant (2007), partis à la rencontre d'un gourou dans I'm a Crow - An Afternoon with Milo Yellow Hair.
Parmi les oeuvres sélectionnées dans les Helvétiques, signalons enfin Romans d'ados 2002-2008 de Béatrice Bakti: «Sept ans d'observation et de compagnonnage avec sept jeunes gens entre la pré-adolescence et l'âge adulte», selon les termes du directeur Jean Perret (voir notre édition du mercredi 14 avril); mais aussi Novembre d'Abel Davoine ou A la recherche du peintre oublié de Guy Milliard, récemment décédé (critique dans notre édition du 21 novembre 2009). MLR



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