RACHAD ARMANIOS
ÉGLISE - Un abbé présumé pédophile a été transféré dans une paroisse du diocèse de Munich du temps où Joseph Ratzinger le dirigeait. Il s'est vu confier des tâches pastorales.
Quelle est la responsabilité de Joseph Ratzinger dans l'accueil d'un prêtre soupçonné de pédophilie dans le diocèse de Munich, que l'actuel pape dirigeait dans les années 1980? Ce week-end, le porte-parole du Vatican Federico Lombardi a totalement dédouané le chef de l'Eglise catholique, soulignant «l'échec» de ceux qui ont tenté de l'impliquer.
Le Saint-Père a été mis en cause samedi par le quotidien munichois Süddeutsche Zeitung pour avoir hébergé dans une paroisse l'abbé H. L'«affaire» avait auparavant été soulevée par le site de la revue catholique contestataire Golias.fr.
Selon Golias, un prêtre accusé de violence pédophile a été transféré dans les années 1980 de son diocèse d'Essen dans celui de Munich dans la période où Joseph Ratzinger en était cardinal-archevêque. Selon la revue lyonnaise, à l'époque où cet abbé était attaché au diocèse d'Essen, il avait été signalé et dénoncé au diocèse de Munich pour avoir contraint un enfant de 11 ans à lui pratiquer une fellation. Le transfert devait permettre à ce prêtre de suivre une thérapie. L'archevêché de Munich, vendredi, a reconnu que l'ancien archevêque, soit Joseph Ratzinger, a participé à la prise de décision d'héberger le prêtre, rapportent les agences de presse.
En revanche, Mgr Gerhard Gruber, le vicaire général du diocèse dans ces années, a assumé la pleine responsabilité d'avoir affecté l'abbé à des tâches pastorales en dépit de la décision de thérapie et des soupçons d'abus sexuels qui pesaient sur lui. L'abbé avait été affecté à titre indéterminé en tant qu'assistant aumônier dans une paroisse. Or il a persisté dans ses comportements délictueux. En juin 1986, l'abbé a notamment été condamné à une peine de dix-huit mois de prison avec sursis pour abus sexuels sur mineurs.
Cité dans le communiqué de l'archevêché de Munich, Mgr Gerhard Gruber évoque sa «grave erreur» consistant à avoir affecté à plusieurs reprises l'abbé H. dans des fonctions spirituelles.
«Toute l'affaire est expliquée», a jugé Federico Lombardi, renvoyant à cette prise de responsabilité. Mais pour Christian Terras, directeur de Golias, Mgr Gerhard Gruber fait office de fusible pour éviter que le scandale n'éclabousse le pape dans le contexte des révélations à la chaîne d'affaires de pédophilie dans l'Eglise, que ce soit en Irlande, en Allemagne, en Autriche ou aux Pays-Bas.
Selon Christian Terras, le Vatican écarte trop facilement la responsabilité de Jospeh Ratzinger dans la décision d'accueillir l'abbé H. Mais il avance que l'ancien bras droit de Joseph Ratzinger n'aurait pas pu confier une tâche pastorale à ce pédophile présumé sans l'assentiment de son chef hiérarchique.
Mardi, on apprenait que le prêtre en question, qui avait continué à officier malgré sa condamnation judiciaire, a été suspendu la veille de ses fonctions presbytérales. Par ailleurs, son supérieur hiérarchique direct, le père Josef Obermaier, responsable des aumôniers à l'archevêché de Munich, «a démissionné pour avoir manqué à son devoir de supervision», selon l'archevêché. I