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La politique du dîner brûlé

Paru le Jeudi 11 Mars 2010
   SIMON PETITE    

International Les Etats-Unis sont paraît-il très fâchés avec Israël. Mardi soir, le vice-président Joe Biden, en visite dans la région, est arrivé «avec plus d'une heure» de retard au dîner où l'attendait le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou.
Il y avait en effet de quoi être de mauvaise humeur. A peine Joe Biden avait-il eu le temps de défaire ses bagages qu'Israël annonçait la construction de mille six cents nouveaux logements à Jérusalem-Est, empêchant un peu plus un partage équitable de la ville sainte, condition sine qua non de tout accord de paix durable avec les Palestiniens.
Cette annonce était d'autant plus déplacée que le «processus de paix» repart, nous dit-on. Des pourparlers vont recommencer. Avec les années, les négociateurs se connaissent par coeur. Cette fois, ils ne dialogueront cependant pas directement, mais discuteront par l'intermédiaire de l'administration Obama.
Depuis l'échec des accords d'Oslo, la rhétorique du «processus de paix» permet de dissimuler ce qui se passe réellement sur le terrain Certes, la quasi-totalité des forces politiques israéliennes s'est ralliée à l'idée d'un Etat palestinien. Le problème, c'est que, dans la réalité, le consensus est tout aussi large pour grignoter le territoire du futur Etat.
Alors que Washington s'émeut des mille six cents nouveaux logements à Jérusalem, en 2009, dix mille Israéliens se sont installés en Cisjordanie occupée, une croissance semblable aux années précédentes. Depuis Oslo, les gouvernements de droite comme de gauche n'ont jamais freiné – sans parler de cesser – la colonisation.
Toute la question est de savoir quand le point de non-retour sera atteint. A quel moment les colonies morcelleront-elles tellement le territoire palestinien que la création d'un Etat deviendra impossible?
Une partie du problème vient du fait que les Israéliens n'ont pas à se plaindre de la poursuite de l'occupation et de la colonisation. Le pays connaît une période de calme sans précédent et est obnubilé par la menace iranienne. Les Palestiniens, eux, ont comme disparu derrière les murs de séparation. «Tant qu'il n'y a pas de terrorisme, les Arabes n'existent pas», témoignait le journaliste israélien Gideon Levy1. La fin des attentats-suicides est une excellente nouvelle mais, paradoxalement, elle ne s'accompagne d'aucune négociation honnête.
L'administration Obama n'ignore rien de la politique israélienne des faits accomplis. Jusqu'à présent, elle a singulièrement manqué de fermeté. Le président étasunien avait d'abord réclamé un gel complet de la colonisation. Après moult cacophonies, les Etats-Unis ont semblé se contenter du gel temporaire et partiel annoncé par M. Netanyahou. La colère de Joe Biden se traduira-t-elle par un durcissement de la position étasunienne? Il faudra en tout cas plus qu'un dîner brûlé pour faire plier Israël.
Note : [1]Notre édition du 6 février 2010



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