BENITO PEREZ    

Solidarité ONU - Trente pionniers dessineront dès le 1er août un monde sans ces armes qui ne tuent que les civils. Mais leur principal détenteur ne veut rien savoir.
La nouvelle est passée presque inaperçue. Ce sont pourtant deux décennies de combat contre la pollution armée qui ont été couronnées mardi dernier à New York, au siège des Nations Unies. En devenant les 29e et 30e pays à ratifier le traité d'Oslo, le Burkina Faso et la Moldavie ont permis à cette Convention internationale contre les bombes à sous-munitions (BASM) d'entrer en force 1er août 2010. S'il n'est pas encore universel, le bannissement de ces armes, qui diffusent leur poison létal bien des années après la fin d'un conflit, met sous pression les grandes puissances militaires qui en demeurent friandes. Onze ans après l'interdiction des mines antipersonnel, c'est une nouvelle victoire de la coalition menée par Handicap International (HI), prix Nobel de la paix 1997. Le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon s'est félicité de la rapidité avec laquelle ce texte adopté en décembre 2008 a pu atteindre le nombre de ratifications nécessaires. Cette «avancée majeure dans le programme mondial de désarmement démontre le dégoût collectif du monde face aux effets de ces armes effroyables», a-t-il réagi par la voix de son porte-parole Martin Nesirky.
En effet, poursuit-il, ces bombes, «ni fiables ni précises», «mutilent et tuent de nombreux civils, y compris des enfants», et «ralentissent la reconstruction post-conflit en rendant impraticables routes et terres pour les agriculteurs comme pour les travailleurs humanitaires.»


Nombreux ratés

Une particularité mortifère qui s'explique par la nature même de ces BASM, constituées d'un très grand nombre de petits explosifs – les «sous-munitions» – destinés à se répandre sur une large surface. Or, leur taux de défaillance élevé – de 5% à 40% des sous-munitions n'explosent pas à l'impact – transforme ces armes de guerre en menace durable pour les populations civiles, principalement pour les enfants, qui les prennent pour des jouets.
Au moins 15 000 personnes seraient victimes chaque année de cette pollution armée. D'après Handicap International, qui a recueilli des données sur près de 14 000 cas dans 25 pays, 98% des blessés et des morts seraient des civils, 27% des enfants. L'ONU parle même de 40% de mineurs!


Déstocker et dépolluer

Dès le 1er août, les Etats parties à la Convention d'Oslo devront cesser toute utilisation, production et transfert de BASM. Un délais leur sera accordé pour détruire leurs stocks et dépolluer leur territoire. Enfin, ils devront apporter leur soutien aux victimes.
Certains gros détenteurs de ces munitions, tels la France, l'Allemagne, la Belgique, le Japon ou la Slovénie, ont d'ores et déjà ratifié le traité. D'autres Etats parties se recrutent parmi la septantaine de pays affectés, à l'instar de l'Albanie, du Nicaragua, de la Croatie, du Laos ou de la Zambie, selon le pointage d'Handicap International.


Maintenir la pression

A terme, la Convention deviendra «une norme internationale incontournable, qui pèsera sur les pratiques de l'ensemble des Etats», prédit l'ONG dans un communiqué. Paul Vermeulen, son directeur pour la Suisse, insiste sur la nécessité de rester mobilisé, tant que les «septante-quatre Etats signataires du Traité d'Oslo ne l'auront pas ratifié, dont la Suisse».


Tel Aviv et Moscou sourds

Surtout, M. Vermeulen demande de garder à l'oeil les Etats non impliqués dans le processus d'Oslo, «notamment les Etats-Unis». Le pays présidé par le prix Nobel de la paix n'a donné aucun signal d'un changement dans la stratégie militaire qui l'a conduit à utiliser massivement ces armes en ex-Yougoslavie, en Afghanistan et en Irak. Selon Handicap International, 75 pays possèdent des stocks totalisant quatre milliards de sous-munitions. A eux seuls, les Etats-Unis disposeraient du quart de l'arsenal.
Outre Washington, ni Pékin ni Moscou ni Tel Aviv n'ont signé le traité. De fait, Russes et Israéliens sont de chauds partisans des BASM, comme ils l'ont démontré lors des conflits de Tchétchénie, Gaza et du Liban. Les experts de l'ONU estiment ainsi que près d'un million de sous-munitions non explosées jonchent le territoire libanais. Fin juin 2008, le CICR y recensait plus de 1000 zones contaminées représentant 40 millions de m2. Plus de 250 civils libanais ont été tués ou blessés par ces armes.
Autre pays massivement touché, l'Irak aurait été bombardé par quelque 50 millions de sous-munitions étasuniennes et britanniques au cours des deux guerres du Golfe.


Laos, Vietnam, Cambodge

Mais la palme de l'Etat le plus pollué revient sans conteste au Laos. Le pays asiatique, qui recevra en novembre 2010 la première réunion des Etats parties de la Convention, hébergerait entre 13 et 78 millions de munitions non explosées, larguées par les bombardiers étasuniens durant les années 1960 et 1970. Pour les mêmes causes suivent de près le Vietnam (5 à 29 millions) et le Cambodge (1,3 à 7,8 millions). I



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