SIMON PETITE    

International

Après toutes ces années d'enquêtes, comment définiriez-vous vraiment Clearstream?

Denis Robert: Si je vous dis ce que je pense, je me prends un procès. Je peux le gagner, mais je n'ai pas envie d'ennuyer votre journal. Disons que c'est un outil indispensable à la circulation des flux financiers au niveau planétaire. De tous les flux. Les chambres de compensation sont à la fois un carrefour, une station de péage et une tour de contrôle sur les autoroutes de la finance. Elles fonctionnent comme les autoroutes. Si on veut surveiller la circulation des valeurs, il faut mettre des radars et des gendarmes au bord des principaux axes.


Clearstream, c'est fini pour vous?

J'ai encore quatre procès en France et un au Luxembourg. Le jugement de cette semaine change la donne. Je suis fatigué de tout cela, mais je suis sans arrêt sollicité par des journalistes. Clearstream fait peur car elle communique beaucoup sur ses plaintes contre moi. Ce serait bien que d'autres prennent le relais. Je suis curieux de savoir ce que contient le fameux audit de 16 millions. En même temps, j'ai toujours eu une vie en dehors de Clearstream. J'ai su sans trop de douleur résister à la pression. N'oubliez jamais que ce sont eux qui déposent des plaintes contre moi. Jamais l'inverse. Là aussi, ça pourrait changer maintenant.


La lutte contre les paradis fiscaux est devenue l'une des priorités internationales. Est-elle sincère?

Il y a beaucoup de bruit et de «com» pour peu de chose. Il faudra peut être attendre la prochaine crise. Avec la dette de la Grèce, du Portugal ou de l'Espagne, ça ne saurait tarder... Ceci dit, il y a des évolutions. Angela Merkel a ouvert la voie en achetant le listing de Vaduz. Elle a compris qu'il fallait utiliser les mêmes méthodes que les fraudeurs et les criminels pour vaincre. Il y avait la même volonté affichée chez Barack Obama. Le problème est que ses principaux conseillers viennent de chez Goldman Sachs. Les banques d'affaires ont su s'en sortir et sauver leurs plus gros clients. Certaines places financières tanguent – les Suisses sont bien placés pour le savoir –, mais les mauvaises habitudes des banquiers et des traders n'ont pas disparu. La crise de 2008 n'a pas suffisamment servi de leçon.


Quelles seraient les solutions pour mieux contrôler la finance?

Les listes noires et grises du G20 étaient une plaisanterie. Les solutions sont simples. Il faut interdire aux banques d'ouvrir des filiales ou des comptes dans les paradis fiscaux et prévoir des amendes salées pour les contrevenants. Pour cela, il faudrait créer une police financière européenne ou mondiale, car cela ne sert à rien qu'une banque stoppe ses opérations au Luxembourg si elle les transfère le lendemain dans les îles Caïmans. On retombe sur la problématique de l'appel de Genève. Le problème est politique.


Que reste-t-il de cet appel de Genève?

Des souvenirs. L'Europe reste sous la coupe des nations jalouses de leurs prérogatives. Dans certains pays, il y a une volonté plus forte de supprimer les paradis fiscaux. Mais tant que l'Europe demeurera si libérale, on n'arrivera à rien. On vit sur un mythe. Comme si après avoir épuisé les réserves financières de la Terre, on allait ensuite emprunter de l'argent sur Mars.
PROPOS RECUEILLIS PAR SPE



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