BERNARD PERRIN
CLIMAT - Evo Morales appelle à une Conférence mondiale des peuples sur le changement climatique. Le président indigène espère prolonger la mobilisation planétaire née lors du sommet de Copenhague.
Dans les années 1960, on pouvait y organiser des compétitions de ski. A plus de 5300 mètres, surplombant la cuvette de La Paz, la petite station de Chacaltaya revêtait chaque hiver son poncho blanc. Aujourd'hui, il ne reste plus que des cailloux... «Ce qui se passe ici dans les Andes avec la fonte des glaciers se produit partout dans le monde. Et le même péril du changement climatique menace aujourd'hui les îles, les pôles, les régions chaudes d'Afrique, les sources d'approvisionnement en eau potable. C'est une menace réelle pour l'existence de l'humanité, des êtes vivants et de notre Terre Mère», s'inquiète Evo Morales.
Face à l'urgence climatique, le président bolivien a donc solennellement convoqué, la semaine dernière depuis le palais présidentiel de La Paz, les peuples et les mouvements sociaux du monde ainsi que tous les défenseurs de l'humanité à la «première Conférence mondiale des peuples sur le réchauffement climatique et les droits de la Terre Mère». Une sorte de nouveau Forum social mondial, exclusivement consacré au climat, qui se tiendra du 20 au 22 avril dans la ville de Cochabamba.
Evo Morales y invite aussi «les scientifiques, les universitaires, les juristes et tous les gouvernements qui ont la réelle volonté de travailler avec les peuples».
Le triomphe des mouvements sociaux
Mais pourquoi une telle conférence, seulement quatre mois après le sommet de Copenhague? «Au Danemark, nous avons vécu l'échec cuisant d'un petit groupe de présidents de gouvernements impérialistes, incapables de s'entendre, et de comprendre les enjeux. Et de l'autre côté, nous avons assisté au triomphe des mouvements sociaux qui s'opposent au capitalisme», répond Evo Morales.
C'est donc de cette mobilisation des masses que le président veut profiter: «Ce sont les peuples, les forces sociales du monde entier qui sauront apporter les solutions au changement climatique. C'est notre responsabilité historique, c'est la responsabilité du siècle, et d'ores et déjà nous avons le soutien de gouvernements responsables.»
Après Porto Alegre, Cochabamba écrira-t-elle une nouvelle page de l'histoire du mouvement anticapitaliste? Sur internet, la convocation bolivienne voyage déjà du Mexique à l'Inde en passant par la France et les Etats-Unis... «Nous avons vraiment toutes les raisons de penser que cette Conférence marquera un tournant dans l'histoire, faisant passer le pouvoir des gouvernements impérialistes aux peuples du monde», assure Evo Morales, qui a notamment chargé son ministre des Affaires étrangères David Choquehuanca d'assurer une diffusion planétaire de la convocation.
Prendre des mesures de fond
C'est que le premier président indigène d'Amérique du Sud, nouveau chantre de la défense de la Pachamama, la Terre Mère, ne veut pas d'une simple conférence de plus: «Nous devrons ensemble analyser les causes structurelles et systémiques qui provoquent le changement climatique et proposer des mesures de fond qui rendent enfin possible le bien-être de l'humanité, en harmonie avec la nature.» Ce qui devrait notamment déboucher sur une Déclaration universelle des droits de la Terre Mère et sur des propositions concrètes de nouveaux engagements dans le cadre du protocole de Kyoto.
De manière plus concrète encore, la Conférence devrait élaborer un «plan d'action pour avancer vers la constitution d'un Tribunal international de justice climatique».
Dette climatique
Evo Morales profitera aussi de cette Conférence mondiale pour pointer du doigt une fois encore la responsabilité des pays industrialisés, «qui regroupent 20% de la population mondiale, mais qui sont responsables de près de 75% des émissions historiques des gaz à effet de serre». Appuyée par plusieurs pays dits du Sud, comme l'Algérie ou le Sri Lanka, la Bolivie réclamera donc aux pays industrialisés de payer leur dette climatique.
Une créance qui doit être tout d'abord acquittée par une réduction drastique des émissions de la part de ces pays. «C'est une condition nécessaire pour stabiliser le climat de la Terre», insiste Evo Morales.
La dette, enfin, devra être réglée par des transferts de technologie «verte», afin que les pays en développement puissent entreprendre un modèle de croissance qui ne réplique pas les graves effets de l'industrialisation capitaliste et qui ne mette pas en danger l'équilibre écologique de la planète. Le président bolivien se veut ferme: «En termes de dette, c'est désormais au Nord de passer à la caisse, en non plus aux pays du Sud!» I