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Wolfgang PANZER - Silence brisé

Paru le Samedi 19 Décembre 2009
   MATHIEU LOEWER    

Culture CINÉMA Raconteur d'histoires au parcours atypique, le réalisateur germano-suisse de «Broken Silence» (1995) est enfin de retour en terre romande avec «Baba's Song», qu'il a tourné au Malawi.
Conte africain sorti mercredi, Baba's Song est en fait une production suisse. Son auteur et réalisateur n'est autre que Wolfgang Panzer, révélé il y a quinze ans par le succès surprise de Broken Silence. Ce petit film vidéo à 470 000 francs, suivant les tribulations d'un moine chartreux en Indonésie, avait séduit près de 83 000 spectateurs en Suisse et tenu l'affiche une année à Genève. «C'était compliqué, car nous avons voyagé et tourné à cinq: la directrice de production et assistante de réalisation – qui est aujourd'hui ma femme –, un type pour le son et la technique, les deux acteurs et moi», se souvient le cinéaste, qui s'exprime en français avec un léger accent germanique.
Depuis, il a réalisé Bill Diamond, des épisodes de la série policière allemande Tatort ou encore un téléfilm avec Franka Potente – que l'on retrouve en guest star dans Baba's Song. Difficile de cerner Wolfgang Panzer à la lecture de sa filmographie, où se côtoient ainsi longs métrages de cinéma, séries, téléfilms et mise en scène au théâtre. «Je suis un peu un solitaire dans le gâteau culturel du cinéma et de la télévision, je ne suis pas quelqu'un qui appartient à des groupes», avoue cet homme affable, le sourire bienveillant et l'oeil vif.


VU à LA TV

Serait-ce un cinéaste schizophrène, tiraillé entre commandes télévisuelles alimentaires et aspirations artistiques sur grand écran? Trônant dans le fauteuil du salon d'un hôtel lausannois, Panzer s'en défend sans sourciller: «Quand la télévision alémanique m'a approché pour réaliser une série, j'ai écrit 20 des 26 épisodes. Même pour Tatort, j'ai essayé d'inventer des histoires qui touchent vraiment les gens. Ce que j'aime, c'est raconter des histoires. Quel que soit le médium, l'impulsion première reste la même. J'ai beaucoup de peine avec les responsables de télévision qui disent: 'C'est seulement une série, on fait ça vite...' Comme un violoniste ne peut pas jouer que de la musique baroque, je suis ouvert à toutes les possibilités d'expression.»
Diplômé de l'école de cinéma de Munich, après avoir étudié le journalisme à Fribourg et fait ses premières armes au Télé-journal suisse, le réalisateur en herbe s'est tourné vers le petit écran par choix idéologique: «J'ai commencé à faire de la fiction en Allemagne à une époque où il n'y avait pas d'industrie du cinéma. Le nom de Fassbinder était connu, mais ses films avaient une audience confidentielle. Un téléfilm était vu par 20 millions de personnes, parce qu'il passait le samedi ou le dimanche soir à 20h15, alors que les films de cinéma étaient diffusés en semaine à 22h30. Etant alors très à gauche , j'estimais qu'il devait y avoir un rapport entre l'économie et l'exploitation des films; il me semblait important que le maximum de gens les voient.»
Lorsque les films allemands rencontrent enfin leur public et enregistrent jusqu'à 800 000 entrées, une scission s'opère entre télévision et cinéma. Le petit écran fait dès lors les frais de la comparaison avec le grand, mais le cinéaste refuse de choisir un camp – si ce n'est celui de la fiction: «Comme je suis un vieux de 1968, j'étais persuadé dans ma jeunesse qu'on pouvait changer le monde. Je me suis vite rendu compte qu'on n'y parviendrait pas en faisant appel à la rationalité, qu'il valait mieux émouvoir les gens. La fiction a affaire avec la générosité artistique. Les grands acteurs donnent quelque chose au spectateur, comme le réalisateur essaie de lui faire vivre ce qu'il n'a pas vécu.»


MALAWI CONNECTION

Reste que les fictions cinématographiques de Wolfgang Panzer sont aux antipodes de ses oeuvres télévisuelles. Et se nourrissent de réalisme documentaire, comme il l'explique lui-même: «Quand on écrit un scénario, on crée sur papier une réalité qui sera filmée un ou deux ans plus tard. Pour Broken Silence, je me suis dit qu'il fallait plutôt trouver d'abord une réalité et créer une histoire sur place.»
Tourné au Malawi, Baba's Song procède de la même démarche. Mais tout commence par un appel téléphonique d'Afrique. A un parfait inconnu qui lui demande comment réaliser une série TV, il répond: «Je ne peux pas t'expliquer, mais je peux te montrer si tu trouves du pognon pour la faire.» Six mois plus tard, son correspondant a décroché une subvention qui sera versée à condition que le cinéaste participe au projet! Peu intéressé, Panzer finit par céder, pour son plus grand bonheur: «L'Afrique noire, ce n'était pas mon truc. J'avais tourné des spots publicitaires au Kenya et la vie là-bas ne m'avait pas du tout plu. Le lendemain de mon arrivée au Malawi, j'ai assisté à un casting gigantesque avec une centaine de personnes. L'enthousiasme de ces gens, c'est quelque chose que je n'avais plus vécu depuis tellement d'années...»
Il produit donc la série, mais crée aussi un centre culturel à Blantyre, et sa route croise alors celle de Sila. «Les chanteurs de rue font ce qu'ils appellent le 'juke-box malawi': les passants leur demandent d'inventer une chanson à partir d'un thème ou d'une phrase. Il est très bon à ce jeu-là, il chante comme s'il n'avait jamais fait que ça.» Sila deviendra Baba dans un film qui fait la part belle à la musique, qui chante la fraternité sans occulter les réalités du pays.
«Si vous racontez une histoire africaine, vous tombez automatiquement dans le piège du cliché, parce que vous êtes sans cesse confrontés à la misère. L'année où nous sommes restés au Malawi, 100 000 personnes sont mortes de faim. Je n'ai pas voulu thématiser cela, mais je ne pouvais pas l'éviter. Pour vous donner un exemple, deux personnes qui ont joué dans le film sont mortes depuis. Leurs enfants, qui ont peut-être aussi le sida, finiront dans un orphelinat ou dans la rue.» Le cinéaste dénonce au passage les magouilles des missions humanitaires et le trafic d'enfants: «Vous payez 10 000 ou 15 000 euros à une association en Europe pour en obtenir la garde; comme ça, pour le gouvernement du Malawi, ces gosses n'ont pas été 'vendus'. Rappelez-vous cet avion avec 140 gamins arrêté au Tchad, c'est le même topo.»
Heureusement, il ne sera pas nécessaire d'attendre quinze ans de plus pour que le cinéaste brise à nouveau le silence. On devrait découvrir sous peu son prochain long métrage, Der grosse Kater, adaptation d'un best-seller de l'auteur alémanique Thomas Hürlimann avec Bruno Ganz. Décidément insaisissable, ce Panzer...



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