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«Le cinéma peut montrer l'invisible»

Paru le Samedi 19 Décembre 2009
   PROPOS RECUEILLIS PAR MARC MENICHINI    

Culture DRAME Mia Hansen-Love signe «Le Père de mes enfants». Une bouleversante quête de sens face à la détresse et l'absence d'un père. Entretien.
Grégoire Canvel est un producteur de cinéma indépendant passionné et pressé. De rendez-vous en tournages, accroché à son portable, il court... à sa perte. Sa société est au bord de la faillite. Sa famille ne le voit plus guère. Si dans la première partie du Père de mes enfants, Mia Hansen-Love relate la fuite en avant et la chute brutale d'un homme de cinéma, elle dédie la deuxième à l'exploration intérieure du deuil et de la reconstruction de quatre femmes lumineuses – son épouse et ses trois filles, saisissantes de force et de maturité.
Inspirés des derniers jours du producteur français Humbert Balsan, qui s'est donné la mort en 2005, Le Père de mes enfants a bouleversé le Festival de Cannes en mai dernier. Ancienne critique aux Cahiers du cinéma, Mia Hansen-Love, 28 ans, a réalisé un premier long métrage en 2007, Tout est pardonné. Jointe par téléphone à Zurich, elle évoque sa foi dans le cinéma et son admiration pour Humbert Balsan.


Avez-vous envisagé de réaliser une biographie d'Humbert Balsan?

Mia Hansen-Love: Non. La fiction me procure ce que je recherche dans le cinéma. Jusqu'à présent, j'ai plutôt été inspirée par la réalité. En même temps, je désire la transformer, non pour la trahir mais pour la condenser et ainsi y trouver un sens. C'est le rôle cathartique de la fiction. Dès le départ, je voulais écrire un film pour répondre aux questions et préoccupations que m'inspirait l'histoire d'Humbert Balsan. J'étais habitée par le désir de saisir cette personnalité exceptionnelle par sa prestance, sa générosité et son engagement pour le cinéma. Je me sentais comme chargée d'une mission. Mais je voulais aussi parler du recommencement, accorder autant d'importance à la suite, à ce qui se passe après sa mort.


La femme et les filles de Grégoire sont-elles aussi inspirées de celles de Balsan?

– Oui. Au moment de l'écriture, j'ai croisé plusieurs fois l'épouse d'Humbert Balsan. Je trouvais qu'elle irradiait et qu'elle dégageait quelque chose d'incroyablement posé. Dans le film, ces quatre femmes partagent toutes à certains moments une sagesse, une sérénité à laquelle j'aspire.


Souvent, votre caméra s'arrête sur les visages de ces femmes, silencieuses et réflexives: éblouissante représentation du deuil mais aussi d'une reconstruction...

– Mon cinéma parle de l'intériorité. Dans ce film, j'ai essayé de construire une dialectique entre des scènes vraiment dans l'action, surtout dans la première partie, et des moments de silence qui ouvrent sur des abîmes intérieurs. Ça me fascine. Ma foi dans le cinéma réside dans l'idée qu'il peut montrer l'invisible. Grâce au rythme, mais surtout au choix des acteurs, il permet de saisir cette intériorité.


La philosophie du cinéma d'Humbert Balsan vous inspire-t-elle dans votre propre travail de cinéaste?

– Je l'ai rencontré à 23 ans. Pour lui, le cinéma était bien plus qu'une profession. C'était existentiel. Il l'habitait! Pour la première fois, je rencontrais une personne qui avait une vitalité et une foi incroyable. Grâce à lui, j'ai pris conscience de la valeur humaine et artistique de ce rapport au monde, de ce désir d'énergie et d'engagement du cinéma. J'en ai aperçu toute la beauté, et toute la mélancolie aussi. Mais ça n'enlève rien de son attitude face à la vie et au cinéma.



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