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«Avatar» et merveilles

Paru le Samedi 19 Décembre 2009
   MATHIEU LOEWER    

Culture SCIENCE-FICTION Auteur-entertainer passionné d'imagerie numérique, James Cameron relève haut la main un nouveau défi technique, soignant la forme sans y sacrifier le fond.
Les journalistes invités à la séance de presse d'Avatar sont accueillis par deux employés de Securitas. Pour embarquer à destination de la planète Pandora, il faut leur abandonner sac et téléphone portable, avant de passer au détecteur de métaux... Ce dispositif un rien paranoïaque, justifié par la lutte contre le piratage, participe tout autant du ramdam médiatique qui accompagne la distribution de ce film censé changer à jamais la face du cinéma.
On a beau jouer les critiques blasés, imperméables aux stratégies marketing et à la rumeur entretenue depuis dix ans autour du projet, c'est un peu fébrile qu'on nettoie ses lunettes 3D à l'idée de voir enfin une oeuvre qui, par ses innovations techniques, a d'ores et déjà gagné sa place dans l'histoire du cinéma. Alors, Avatar pour barre ou Avatar ta gueule? Si James Cameron ne réinvente pas la roue, son huitième long métrage est plus profond qu'il n'y paraît, et marque incontestablement une étape décisive dans l'évolution de l'imagerie digitale.


DANS LA DENTELLE

Tout en accordant notre confiance au cinéaste, pionnier des effets numériques il y a vingt ans avec Abyss puis Terminator 2, on pouvait néanmoins redouter ces 2h41 de projection en relief. Mais passé la surprise de certains éléments apparaissant au premier plan (et des sous-titres suspendus en l'air!), l'oeil s'habitue vite à cette nouvelle manière de voir. Au final, les deux petites marques rouges laissées sur le nez par les lunettes sont le seul désagrément de ce marathon. Car le réalisateur de Titanic ne fait pas un usage tapageur de la 3D, trop souvent réduite à une attraction de train fantôme. Grâce à un dispositif qui prend en compte toutes les particularités physiologiques de la vue, Avatar repousse les limites de l'immersion tridimensionnelle en corrigeant les dernières imperfections de la technologie actuelle.
Bien loin de la révolution spectaculaire annoncée, Cameron travaille en fait dans la dentelle, dans les réglages fins plutôt que les feux d'artifices. Un casque équipé de mini-caméras comble ainsi les lacunes de la motion capture, procédé qui consiste à enregistrer les mouvements des acteurs à l'aide de capteurs, mais qui peinait à restituer les expressions du visage. D'un regard furtif ou d'un sourire tout juste esquissé, les créatures de pixels sont désormais capables d'émouvoir autant que leurs modèles de chair... Tandis que la création, en amont du tournage, des décors et personnages numériques (60 % des images du film) permet dorénavant de juger en temps réel du jeu des acteurs – contraints de s'agiter dans des hangars vides aux murs verts – et de leur interaction avec l'environnement virtuel.


SPLENDEURS DIGITALES

Lorsqu'il s'agit de nous en mettre plein les mirettes, Cameron a par ailleurs la bonne idée de faire coïncider notre émerveillement et celui du héros. C'est par les yeux de Jake Sully (Sam Worthington), ancien marine paraplégique affecté à une mission scientifique, que nous découvrons le décor luxuriant de Pandora. Plus habile encore: comme ce soldat cloué à son fauteuil roulant est propulsé dans le corps de géant bleu d'un indigène conçu en laboratoire, le spectateur rivé à son siège se projette dans la peau de cet «avatar».
Un univers d'une beauté et d'une richesse étourdissantes se déploient dès lors sur l'écran. Plus de 1000 artistes et techniciens ont façonné toute une planète avec sa flore, sa faune et son peuple, les Na'vis. Du plus petit insecte au paysage grandiose d'une baie d'Along aérienne, l'ensemble témoigne d'une cohérence esthétique et d'un sens du détail hallucinant qui invitent à la contemplation – quelques ralentis en offrent même le luxe.


PULSIONS DE MORT

Le scénario recèle en revanche moins de mystères. Fable écolo, Avatar déroule un programme prévisible. Quand l'armée s'apprête à massacrer les Na'vis pour donner les coudées franches à la compagnie minière qui exploite les ressources de Pandora, le soldat Sully, tombé amoureux de la fière Neytiri (Zoe Saldana), retourne sa veste. Le film oppose ainsi méchants humains belliqueux et gentils extraterrestres vivant en harmonie avec mère Nature.
Illustré de façon manichéenne et simpliste, ce message convenu fait pourtant mouche. D'abord parce que les Na'vis renvoient à la fois aux Indiens d'Amérique du Nord et du Sud, aux Africains comme aux Maoris, autant d'ethnies dont l'homme blanc a pillé les richesses et détruit l'habitat. Ensuite, parce que ce sous-texte est aussi radical qu'il est a priori naïf. Avatar condamne en effet sans nuances une humanité qui ne semble animée que par des pulsions de mort. Face à un tel mépris du vivant, le marine finira d'ailleurs par tourner le dos à son espèce pour renaître Na'vis. James Cameron signe ainsi une oeuvre dans l'air du temps, qui fait écho aux films (post-)apocalyptiques fleurissant sur les écrans en cette fin d'année.



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