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«L'ouragan Evo» déferle sur la Bolivie

Paru le Mardi 08 Décembre 2009
   BERNARD PERRIN, LA PAZ    

Solidarité AMÉRIQUE LATINE - Le président sortant Evo Morales a été réélu très confortablement. Il aura aussi les coudées franches au parlement. Ses adversaires craignent une dérive autoritaire.
Historique! De tous les superlatifs, c'est certainement celui qui exprime le mieux l'écrasante victoire d'Evo Morales. L'ancien cocalero (planteur de coca) a été réélu pour un second mandat à la présidence de la Bolivie dès le premier tour avec plus de 63% des voix selon les premiers résultats des sondages à la sortie des urnes (les résultats définitifs sont attendus d'ici une semaine). C'est, fait simplement exceptionnel, dix points de plus que lors de son élection en décembre 2005.
Le candidat de la droite conservatrice, le capitaine Manfred Reyes Villa, obtient environ 25% des voix, il est relégué à près de 40 points! La Prensa, journal pourtant opposé au gouvernement, n'a dès lors pu que titrer en énorme dans son édition d'hier: «L'ouragan Evo». Un ouragan qui a balayé l'ensemble du pays.


«Refonder la Bolivie»

Pour la première fois depuis 1952 en Bolivie, le président obtient en effet la majorité aux deux chambres du Parlement. Mieux: le MAS (le Mouvement vers le socialisme, le parti du président) obtiendrait les deux tiers (entre 85 et 90 députés sur 130 et 24 ou 25 sénateurs sur 36) de la nouvelle assemblée plurinationale. Ces deux tiers permettent au parlement non seulement de modifier la Constitution – les opposants à Evo Morales redoutent déjà l'extension du nombre de mandats présidentiels au-delà de 2015 – mais aussi de réformer l'Etat en profondeur et d'adopter les lois nécessaires à l'implantation de la nouvelle Constitution adoptée au mois de janvier. Dimanche soir, sur la place Murillo, au centre de La Paz, où tout un peuple acclamait le président réélu, le sénateur du MAS Antonio Peredo ne masquait pas son émotion: « Historique? Cette élection démocratique l'est pour l'ensemble de l'Amérique du Sud! C'est la victoire de la souveraineté des peuples!» Antonio Peredo, dont deux des frères ont combattu au côté de Che Guevara en Bolivie, sait toutefois que le chemin de la révolution reste encore long pour «refonder la Bolivie»: «Mais les deux tiers au parlement nous donnent l'opportunité historique d'entreprendre notamment une réforme de la justice, et d'adopter une loi permettant au peuple d'élire les juges, y compris de la Cour suprême, un des derniers bastions corrompus de la droite.»


Un seul ennemi... lui-même

Plébiscité pour sa politique de nationalisation et de redistribution de la richesse en faveur des classes défavorisées, et jusque là oubliées des gouvernements de droite, Evo Morales sait qu'il a maintenant cinq ans pour approfondir son «processus de changement», qui pour l'heure n'a pas permis de développer l'industrie et de faire décoller l'emploi. Une grande partie de la population vit aujourd'hui toujours dans la pauvreté. Le président en est conscient. «C'est de ma responsabilité désormais d'accélérer ce processus de changement», a-t-il assuré depuis le balcon du palais présidentiel dimanche soir.
Le président a toutefois appelé l'opposition de droite, notamment les préfets de l'est du pays, «à venir discuter avec le gouvernement toujours ouvert au dialogue». C'est une partie de l'enjeu des cinq prochaines années: sans opposition, investi de tous les pouvoirs au parlement, le MAS se retrouve seul face à lui-même.
«En quatre ans, ce parti s'est consolidé comme le représentant des mouvements sociaux et des intérêts de la nation, face à l'oligarchie et aux élites régionalistes. Aujourd'hui, ces dernières sont en déroute, et le MAS a désormais les coudées franches pour appliquer ses réformes, sans entraves», analyse le politologue Hervé do Alto. Un risque de dérive autoritaire, de glissement vers un parti unique? «Evo Morales est conscient de sa responsabilité vis à vis des minorités. Et le président, plébiscité, avec une légitimité incontestable au sommet de l'Etat, pourra certainement jouer un rôle d'articulation des différences tendances.» I



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