RACHAD ARMANIOS
SOMMET DE COPENHAGUE - Le 13 décembre, des églises du monde entier feront sonner leurs cloches à l'occasion du sommet onusien. Des Eglises réformées suisses rechignent.
Il est rare de sonner le carillon dans toute la Suisse. La dernière fois, c'était en janvier 2005 pour célébrer la mémoire des victimes du tsunami en Asie, lors d'un jour de deuil national. A l'occasion du sommet de l'ONU sur le climat à Copenhague (Danemark), du 7 au 18 décembre, les oeuvres d'entraide protestantes et catholiques invitent les paroisses à sonner l'alarme climatique, relayant une campagne internationale. Mais du côté protestant, l'idée suscite des réticences.
Le dimanche 13 décembre, à 15h, les cloches des églises du Danemark sonneront trois cent cinquante fois durant quinze minutes, les chrétiens du monde entier étant invités à leur faire écho en faisant retentir leurs propres cloches, conques, tambours ou gongs. Ce jour-là marque le premier dimanche de la conférence onusienne, durant laquelle les pays membres décideront de la convention climatique qui succédera au protocole de Kyoto.
Par cette chaîne mondiale de carillons et de prières, les Eglises veulent faire pression pour qu'un accord juste et efficient soit trouvé. Le chiffre 350 fait référence à 350 parties par millions (ppm), taux maximum de CO2 acceptable dans l'atmosphère.
Cette campagne est relayée en Suisse par l'Action de Carême et Caritas côté catholique, et Pain pour le prochain (PPP) et l'EPER côté protestant. Ces oeuvres ont également lancé une pétition pour la justice climatique, exigeant la réduction d'ici à 2020 de 40% des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990. Enfin, cet objectif, ainsi que les obligations de la Suisse, sont précisés dans une lettre des trois Eglises nationales – protestante, catholique romaine, catholique chrétienne – adressée au Conseil fédéral et à la délégation suisse qui se rendra à Copenhague.
Mais plusieurs Eglises protestantes ont réagi négativement. Celle de Berne-Jura-Soleure acceptera, le jour dit, de relayer la mobilisation par un appel en chaire en faveur de la justice climatique. Mais elle refuse de recourir aux cloches, craignant de banaliser «le moyen de communication le plus frappant dont dispose l'Eglise», peut-on lire dans un document émis par la Chancellerie de l'Eglise.
Le 8 mai 1945
Faire retentir les cloches revêt un caractère exceptionnel. Cela fut le cas au début de la cérémonie funèbre des victimes de la tuerie du parlement de Zoug en 2001. Ou encore le 8 mai 1945 pour marquer la fin de la guerre.
Tout en reconnaissant que «la question climatique relève de l'Evangile et doit mobiliser nos actes», le document nuance: «Une conférence internationale ne peut être mise sur un même plan qu'un conflit international ou une catastrophe naturelle de grande ampleur. En outre, une conférence se mesure aux résultats qu'elle obtient et non aux revendications auxquelles elle est censée répondre».
Cette prise de position s'appuie sur les réticences également exprimées par les Eglises argoviennes et zurichoises. A son tour, le directeur de l'Eglise genevoise Jean Biondina nous fait savoir: «Il faut un sacré événement pour rameuter toute la population.»
Freiner le réchauffement climatique est «une question de vie ou de mort», rétorque Martina Schmidt, de PPP. «On le ressent moins au Nord, mais nos partenaires des pays du Sud sont directement touchés lorsqu'ils ne récoltent plus leurs cultures. La gravité des conséquences du réchauffement peut être comparée à un tsunami.»
Confusion
La polémique s'explique aussi par «des enjeux ecclésiastiques et de pouvoir sur lesquels nous n'avons pas prise», poursuit Martina Schmidt. En clair, comme à chaque campagne, les oeuvres d'entraide se sont directement adressées aux paroisses. Un appel qui n'a pas fait l'objet d'une concertation préalable avec les Eglises cantonales, suscitant une confusion, selon certaines critiques. En réalité, tout comme la Conférence des évêques suisses soutient l'action, la Fédération des Eglises protestantes (FEPS), leur faîtière, a été consultée et a donné son approbation. Lors de l'Assemblée des délégués cette semaine, le Conseil de la FEPS a réitéré son appui et précisé qu'il s'agissait d'une campagne portée par le Conseil oecuménique des Eglises. Selon le chargé de communication Simon Weber, cette mise au point aurait remotivé les représentants des Eglises cantonales, déboussolés par le manque de consensus.
Côté catholique, Jean-Claude Huot, de l'Action de Carême, n'a pas noté de réticences même s'il est trop tôt pour en juger, dit-il. I