PROPOS RECUEILLIS PAR BENITO PEREZ
CLIMAT - Militants écologistes, altermondialistes et défenseurs des peuples indigènes s'allient pour sensibiliser aux crises provoquées par notre modèle de développement.
Court-on vers un bug de l'an 2010? Avec les sommets, fin novembre et début décembre, de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à Genève et des Nations Unies sur le climat à Copenhague, la planète joue bonne part de son avenir ces prochains mois. Cruciales mais peu prometteuses, ces négociations commerciale et environnementale sont aussi intimement liées, estiment les militants de la coordination Climat et justice sociale. Pour étayer cette imbrication, ce regroupement d'ONG, de syndicats et de partis de gauche du bassin genevois a choisi de s'associer à une troisième cause. Du 10 au 17 octobre, Climat et justice sociale relaiera la Semaine d'action mondiale en défense de la Pachamama (Mère-Terre) (lire ci-dessous). Les explications d'Olivier de Marcellus.
Pourquoi lier la question indigène et paysanne à celle du climat?
Les indigènes et les paysans, depuis toujours, ont su s'occuper de la planète, de sa terre et de ses forêts. Et ce sont eux, également, qui ont le plus intérêt à la préserver. La meilleure défense contre la déforestation consiste à garantir enfin les droits de ses habitants traditionnels. Pour l'agriculture, les monocultures industrialisées – fortement dépendantes des énergies fossiles – sont une source majeure de l'effet de serre, alors que la production paysanne diversifiée en produit beaucoup moins et résiste mieux aux changement climatique.
Quel rapport faites-vous entre la conférence de l'ONU et celle de l'OMC?
Les politiques de «libre»-échange de l'OMC provoquent justement la faillite de paysans par millions (ici comme au Sud!) et une déforestation désastreuse des principales forêts tropicales. Elles favorisent des pseudo-solutions au changement climatique, telles que les «déserts verts» d'agrocarburants – palme africaine, soja OGM, etc. –, qui ne font qu'empirer la situation. Elles ont créé un réseau de production mondialisée, avec ses transports gros consommateurs d'énergie, dans le seul but de maximiser l'exploitation de la main-d'oeuvre. Sa politique restrictive de brevets empêche la diffusion des techniques permettant de réduire les émissions.
Malheureusement, à Copenhague ce sont les mêmes acteurs, les mêmes intérêts et les mêmes «solutions de marché» qui sont à l'ordre du jour, alors que leur faillite est patente. Douze ans après Kyoto, les émissions des pays développés sont plus importantes que jamais! A Copenhague on propose aussi le REDD1, un programme de «lutte contre la déforestation» qui risque de dépouiller les peuples de la forêt en livrant celle-ci aux spéculateurs.
Que prônez-vous? De vivre comme les autochtones?
La science comme le bon sens nous disent que pour survivre nous devons changer radicalement de cap, renoncer à la surconsommation et la croissance perpétuelle exigée par l'économie capitaliste. Il faut aller vers des sociétés plus égalitaires et vivant en harmonie avec la nature. Ce sont des valeurs évidentes pour les indigènes. Ils appellent cela «vivre bien». I
Note : 1 Le Fonds de partenariat pour la réduction des émissions de carbone forestier des Nations Unies (UN-REDD) vise à valoriser financièrement les forêts qui captent le CO2. Pour certains, il est vu comme un soutien international aux pays respectueux de ce patrimoine naturel. Pour d'autres, comme le début de sa marchandisation.