BENITO PEREZ
C'est un comité Nobel visiblement en manque de publicité qui a attribué hier son prix étendard à Barack Obama. Après plusieurs lauréats sans grand glamour –à l'exception d'Al Gore en 2007–, les «experts» norvégiens ont voulu frapper un grand coup. En cela, c'est une réussite! Pour le reste, la cause de la paix et des droits humains n'en sortira pas grandie.
Sans faire preuve d'antiaméricanisme et encore moins d'angélisme, conférer le rang d'icône pacifiste au chef de la plus grande armée du monde –présente dans plus de cent pays et engagée directement dans bonne part des conflits actuels– ressemble à une très mauvaise blague. Certes, Barack Obama n'est pas à l'origine de cette hyperpuissance militariste, ni n'a décidé des actuelles aventures coloniales made in USA. Mais qu'a-t-il déjà fait pour les stopper?
Laissant intact l'indécent budget militaire, le nouveau président s'est surtout attaché durant ses neuf mois de pouvoir à le redéployer. S'il a partiellement délaissé l'Irak (comme l'avait promis George Bush), il a renforcé son implantation au Pakistan et en Afghanistan. Contraint d'abandonner l'Equateur par le gouvernement socialiste de Rafael Correa, il a affermi sa position en Colombie, obtenant sept nouvelles bases d'un coup!
Sur le plan politique, en revanche, le changement de discours est davantage marqué. Barack Obama privilégie la négociation avant les menaces et la participation aux enceintes multilatérales plutôt que leur contournement. Mais au-delà de l'option stratégique, les objectifs et les intérêts défendus n'ont guère varié. On l'a vu à l'ONU avec l'affaire du rapport Goldstone sur les crimes de guerre israéliens. Ou encore au sein de l'Organisation des Etats américains, où il aura fallu deux longs mois à Washington pour qualifier l'expulsion manu militari d'un président élu de «coup d'Etat». Des signes peu prometteurs quand on sait l'influence financière et politique étasunienne, tant sur l'oligarchie hondurienne que sur l'Etat d'Israël.
En clair: le bilan du nouveau Prix Nobel de la paix est pratiquement inexistant. Il désapprouve la torture et les goulags tropicaux institués par son prédécesseur? La belle affaire! Il proclame un futur sans armes nucléaires? Bravo! Cruel, un commentateur du Wall Street Journal relevait hier que, jusqu'à présent, Barack Obama n'avait fait la paix qu'avec Hillary Clinton...
L'acidité de ce commentaire venu d'outre-Atlantique souligne un autre aspect, occulté hier par le concert de louanges planétaires. L'idée, mise en avant par le comité, de décerner le Nobel en signe d'«encouragement», de soutien à un homme de bonne volonté, est absurde, voire dangereuse. Affubler leur président du stigmate de «pacifiste» équivaut, pour bonne part des Etasuniens, à lui coller l'écriteau «naïf et faible» sur le dos. Un fardeau qu'il n'aura de cesse de devoir occulter...