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Berlusconi, inépuisable reality-show

Paru le Samedi 29 Août 2009
   FABIO LO VERSO    

International Silvio Berlusconi n'est jamais en retard d'un coup d'éclat. Le premier ministre italien vient de déposer plainte contre les dix questions que le quotidien la Repubblica ne cesse de lui poser sur son étrange «amitié» avec une mineure. Du temps de l'ingénieux hidalgo Don Quichotte, on avait rarement vu quelqu'un prendre les interrogations des journalistes pour des paladins sur leurs destriers. «C'est bien la première fois que, dans un pays libre, le chef d'un gouvernement traîne devant les tribunaux les questions qui lui sont adressées!» s'étrangle le directeur du journal dans un éditorial au vitriol. C'est que les frasques de Silvio Berlusconi avec des call-girls auxquelles il avait promis une fulgurante carrière politique ont fait chuter la courbe de sa popularité de vingt points.
A peine encaissé le coup, voici l'homme le plus riche d'Italie sur le perron des palais de justice autrefois honnis, les dents serrées, le menton haut, en totale empathie avec la majorité des Italiens qui continue, malgré tout, à lui témoigner une confiance sans faille, mais déterminé à continuer à nier l'évidence devant les caméras, plein cadre. A chaud, tant que celles-ci continuaient de tourner, il s'en est également pris aux journaux espagnols et français ayant rapporté ses déboires privés. Dans un pays normal, on n'attend pas d'un premier ministre qu'il agisse comme un petit dictateur xénophobe. Mais en Italie, où la nostalgie de Mussolini est encore vivace, un chef du gouvernement se doit de faire de viriles annonces pour que «ça cesse!». Depuis quinze ans, le reality-show de l'inépuisable Cavaliere sévit sans interruption. Si ses dernières répliques plongent le premier ministre dans un sordide sexgate, les précédentes n'ont pas non plus manqué de sel. Mais presque plus personne en Italie ne se souvient de ses multiples affaires judiciaires, ni n'ose dénoncer son écrasante mainmise sur l'information. Entre un quiz télé, des émissions de chanson et les ballets des soubrettes, jamais les télévisions du régime n'ont diffusé la moindre information sur la relation présumée du premier ministre avec une adolescente qui rêve de percer dans le show-business. Depuis l'arrivée de Silvio Berlusconi au pouvoir, ce rideau de paillettes dressé contre l'information vaut à l'Italie d'être classée parmi les pays «partiellement libres» en raison de la concentration des médias dans les mains d'un seul homme. Dans aucune démocratie européenne, on a relégué de la sorte la presse libre au rôle de figurant. S'acharner sur celle-ci, c'est salir un peu plus l'esprit public. Comme dans un reality-show.



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