FABIO LO VERSO
Le pire est-il vraiment passé dans le litige opposant l'UBS et le fisc étasunien? Le compromis entre Berne et Washington éloigne la perspective de funérailles rapides pour le secret bancaire de marque suisse. Mais cette affaire garde toujours toutes les prémisses pour enterrer la subtile nuance helvétique entre la fraude et l'évasion fiscale. Après avoir épluché les dossiers de 4450 clients de la banque, rien n'empêchera les Etats-Unis de refaire un tour de piste pour obtenir de nouveaux noms. Pour les autorités américaines, la menace d'une amende de 800 millions de dollars aura astucieusement servi de cheval de Troie. La facilité avec laquelle elle a été retirée n'est pas le trait le plus coutumier des négociateurs étasuniens. Lesquels gagnent largement au change. Le redressement fiscal des 4450 clients rapportera au moins quatre fois plus à Washington, soit près de 4 milliards de dollars. Avec un «bonus» incalculable pour le fisc étasunien: une voie express pour faire passer auprès des autorités suisses ses soupçons de fraude fiscale.
Vu sous cet angle, le soulagement helvétique paraît trompeur. Au moment où les témoignages en cascade accablent l'UBS, le Conseil fédéral fait figure de piètre défenseur des causes perdues. Quand la banque hurlait à la mort du secret bancaire, le gouvernement avait matière à monter au créneau. Lorsqu'il apprend qu'elle prodiguait en chaîne des conseils pour frauder le fisc, un grand vide s'installe. A l'origine, un manque évident de capteurs qui ne résulte pas seulement de l'affaiblissement de ses relais outre-Atlantique. Sur le sol helvétique, à l'évidence, la chaîne de contacts était aussi brisée.
Lorsque les filiales américaines de l'UBS ont été prises la main dans le sac et la direction helvétique de la banque désavouée par sa base, cette dernière est restée muette, laissant la Finma gérer le conflit comme elle a pu, sous la coupe du Conseil fédéral qui tentera de recoller les pots cassés. Qui tiendra ce château de cartes quand l'Etat cédera son paquet de participations dans l'UBS? Tant que la survie de la banque restera liée à l'apport multimilliardaire des contribuables, le contrôle démocratique peut encore influer dans les décisions. Encore faut-il que les conseillers fédéraux – déjà impuissants face au retour des bonus – se montrent capables d'imaginer un remède contre la finance dépravée. La négociation fiscale est peut-être un anxiolytique contre les angoisses des banquiers, mais elle n'est pas une méthode de gouvernement.