PROPOS RECUEILLIS PAR PABLO DE ROULET
MINORITÉS - Actif dans la formation aux droits humains des communautés indigènes, l'activiste Alberto Saldamando évalue le rôle du Conseil des droits de l'homme.
Le droit fondamental des indigènes à disposer de leurs terres se retrouve régulièrement violé par les Etats. Mais les peuples autochtones éprouvent souvent de grandes difficultés à le faire reconnaître à cause de la complexité des mécanismes internationaux de défense des droits humains.
Pour pallier ce problème, le Conseil international du traité des Indiens (IITC) fournit formation et assistance technique à des communautés et à des organisations. Son secrétaire général, l'avocat et militant étasunien d'origine zapothèque Alberto Saldamando, engagé dans l'organisation depuis quinze ans assistait jeudi et vendredi à la réunion annuelle du Mécanisme d'experts sur le droit des peuples autochtones (EMRIP). Il présente ici son analyse sur les possibilités et les limites de cet organe du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies ainsi que les activités de son organisation.
A quoi sert la formation des communautés indigènes à la défense des droits humains?
Nous leur enseignons ce qu'ils peuvent formuler à telle ou telle instance internationale. Ils doivent d'abord décider précisément ce qu'ils veulent faire, avant d'utiliser les mécanismes de façon efficace.
Généralement, la première fois que les indigènes viennent devant un organe de défense des droits humains, ils veulent légitimement dénoncer les violations de leurs droits. Mais, l'EMRIP, par exemple, est surtout un lieu de recherche. Et quand ils dénoncent, on leur fait savoir qu'ils sont hors sujet.
Cette formation s'adresse-t-elle à des avocats ou à des activistes?
Les deux. Si on s'adresse à un avocat, on va insister sur les aspects techniques. Mais si des activistes indigènes sont présents, il faut trouver un équilibre.
Nous discutons avec eux de la question des droits humains, dont l'importance n'est pas totalement reconnue. On se retrouve parfois en face de tout petits groupes. Mais, comme cela nous est arrivé en Oklahoma et au Canada, ceux-ci sont revenus par la suite avec leurs amis à qui ils en avaient parlé.
Avec quels résultats?
Cela crée des noyaux de personnes qui comprennent mieux la question et peuvent aider les autres. Ce travail d'éducation est très important, parce que leurs revendications se confondent avec les principes des droits humains. Ces formations leur donnent du pouvoir en leur faisant savoir que ces demandes sont des droits qui leur sont reconnus, et non une création de leur imagination.
Quels droits spécifiques des indigènes sont violés?
Ils sont toujours liés à l'usurpation de leur territoire, de la même façon dans le nord comme dans le sud du continent. La relation des indiens à la terre est toujours à la fois matérielle et spirituelle. Les Mayas, par exemple, se définissent comme les «hommes de maïs», et leurs cérémonies religieuses sont liées aux récoltes. Cette relation entre les indigènes et leur terre signifie que toucher à leurs moyens de subsistance c'est aussi porter atteinte à leur pratique religieuse.
Quel est l'enjeu de la réunion à laquelle vous assistez?
Depuis la création du Conseil des droits de l'homme, l'EMRIP a un mandat de recherche. Il n'a pas pour rôle la création de standards d'application.
La composition exclusive du Conseil par des Etats est un problème. De mon point de vue, ils sont presque tous là pour se défendre eux-mêmes plutôt que les droits humains. De fait, beaucoup d'Etats voudraient une simple déclaration générale de la part des experts, mais surtout pas d'actes.
Il n'y a donc pas de place pour la défense des indigènes dans cette instance?
Le rapporteur spécial pour les droits et les libertés des indigènes et le Conseil sont un espace pour avancer nos revendications. Mais on y agit avec difficulté, car les études doivent être approuvées par eux. Elles se retrouvent limitées à des thèmes peu ou pas controversés, comme l'éducation. C'est une question très importante, mais une étude qui montrerait l'impact de multinationales sur la vie des indigènes n'a pas de chances de passer. I