ISOLDA AGAZZI
ÉGALITÉ - Un comité onusien contre la discrimination à l'égard des femmes s'inquiète des inégalités salariales et de la situation des migrantes.
Si, malgré les progrès accomplis, les Suissesses sont encore loin de l'égalité, les mouvements de population créent de nouveaux défis à la société helvétique: les femmes migrantes souffrent de discriminations multiples dans l'accès au marché de l'emploi et aux soins de santé et elles sont particulièrement vulnérables face à la violence domestique, aux mutilations sexuelles et à la traite à des fins de prostitution. C'est ce qui ressort du troisième rapport de la Suisse au Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes (CEDEF), un organe constitué de vingt-deux experts indépendants qui supervise la mise en oeuvre de la Convention du même nom, en vigueur en Suisse depuis 1997.
Pour l'ambassadeur Marion Weichelt, qui présentait ce rapport le 27 juillet dernier à New York, les progrès les plus significatifs accomplis ces dernières années sont l'introduction de l'assurance-maternité, l'adoption de mesures pour créer plus de places de garde d'enfants et la lutte contre les violences domestiques. Mais la délégation suisse reconnaît que beaucoup reste à faire en matière d'égalité au travail. En 2007, seulement 60% des femmes exerçaient une activité rémunérée – contre 76% des hommes – et plus de la moitié à temps partiel. Surtout, les femmes occupent moins de postes à responsabilité, elles sont plus souvent frappées par le chômage et ont un salaire nettement inférieur – un écart de près de 20% dans le secteur privé en 2006. Si les disparités salariales tombent à 3,2% dans l'administration fédérale, elles atteignent en revanche des niveaux semblables au secteur privé dans les administrations cantonales.
Inquiétudes partagées
La Commission fédérale pour les questions féminines regrette que «les femmes soient toujours insuffisamment représentées dans l'économie, les sciences, l'administration, la politique et la vie publique et qu'elles occupent beaucoup moins de postes influents que les hommes. D'un autre côté, elles continuent à accomplir la plus grande partie du travail non rétribué dans le ménage et la famille.» Un souci partagé par la coalition suisse des ONG post-Pékin, qui demande à Berne et aux cantons de lutter plus efficacement contre les stéréotypes féminins dans le système scolaire et d'encourager les jeunes à ne pas choisir leur profession selon les clichés de genre.
Sur un point, tout le monde est d'accord: les femmes qui élèvent seules leurs enfants sont les plus touchées par la pauvreté, mais pour l'instant il n'y a rien de neuf du côté de l'initiative visant à créer un système de prestations sociales pour les familles pauvres. Les femmes migrantes, elles, vivent une situation particulièrement difficile. Elles sont plus lourdement frappées par la pauvreté et le chômage «à cause de leur faible niveau de formation, des difficultés linguistiques, du manque de contacts sociaux ou de l'absence de qualifications professionnelles reconnues par la Suisse», admet l'ambassadeur Marion Weichelt.
La violence domestique est un autre problème sérieux, mais «des progrès significatifs ont été accomplis dans son appréhension, car elle n'est plus perçue comme une affaire privée, mais comme une grave violation du droit à l'intégrité physique et du droit de disposer de soi-même», assure l'ambassadeur. A ce sujet, l'Organisation mondiale contre la torture et le Centre de contact Suisses-immigrés font remarquer que la nouvelle loi fédérale sur les étrangers pénalise, de fait, les migrantes.
Accès aux soins difficile
Certes, les épouses originaires de pays «tiers» peuvent obtenir relativement facilement un droit au regroupement familial, même en cas de rupture du lien matrimonial, mais concrètement, cette disposition est très difficile à appliquer. La traite des femmes reste un sujet épineux, bien que huit condamnations pénales aient été prononcées en 2008 et que les victimes puissent recevoir une protection même quand elles sont en situation irrégulière.
Par ailleurs, la Commission fédérale pour les questions féminines déplore que la Suisse n'ait pas encore inclus dans son droit des dispositions pénales relatives aux mutilations génitales et elle demande à Berne de renforcer les mesures pour lutter contre les mariages forcés. En matière de santé, la Confédération reconnaît aussi que, malgré les efforts consentis, les migrantes n'ont pas accès aussi facilement que les Suissesses à des soins de qualité. INFOSUD