PROPOS RECUEILLIS PAR RODERIC MOUNIR
Défense d'intérêts particuliers ou mobilisation pour un enjeu de société? Quoiqu'on en pense, le phénomène des partis pirates s'étend à toute l'Europe et au reste du monde1. En Allemagne, le député du Parti social-démocrate (SPD) Jörg Tauss vient de quitter sa formation pour devenir le premier représentant du Parti Pirate au Bundestag. Car la loi allemande oblige aujourd'hui les fournisseurs d'accès à Internet (FAI) à bloquer les sites dont l'administration dresse la liste hors de tout contrôle politique – officiellement pour lutter contre la pornographie infantile et la propagande néonazie.
La France a depuis peu son Parti Pirate officiel (il en existe au moins trois, dont un sur Facebook), dans un contexte des plus chauds, où l'on n'a pas fini de s'étriper sur la loi Hadopi. Le nouveau ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, hérite de ce dossier-piège dont le volet répressif repasse devant l'Assemblée le 20 juillet. En Grande-Bretagne, les FAI envoient des messages d'avertissement aux internautes qui téléchargent illégalement. Mais une enquête de la BBC démontre que l'impact sur les comportements est marginal; de quoi inspirer une Hadopi britannique?
En Suisse, où selon un récent sondage de SUISA, les moins de 35 ans recourent davantage au peer-to-peer qu'au téléchargement payant, le partage de fichiers demeure interdit. Début juin, le Tribunal administratif fédéral a peut-être ouvert les hostilités en autorisant la firme privée Logistep à traquer les pirates sur le Web – désavouant ainsi le Préposé fédéral à la protection des données. Depuis, le Parti Pirate Suisse2 a annoncé sa création: ses représentants seront officiellement désignés lors d'une assemblée le 12 juillet à Zurich. Nous avons interrogé Denis Simonet, étudiant en informatique de 24 ans chargé de superviser la création du parti.
Quelle est la composition du Parti pirate suisse?
Denis Simonet: Pour l'instant, ce sont surtout des Alémaniques âgés entre 16 et 30 ans. Mais des Romands se montrent intéressés et viennent débattre sur notre forum. La plupart d'entre-nous n'appartiennent à aucune formation politique, mais nous sommes convaincus que la Suisse a besoin d'un parti comme le nôtre. Nous ne nous définissons pas comme de droite ou de gauche. Nous voulons atteindre nos objectifs, c'est tout.
Quels sont ces objectifs? Avez-vous les mêmes ambitions électorales que vos collègues suédois? Envisagez-vous des alliances?
– Nos principes sont disponibles sur notre site Web et s'inspirent en effet du Parti pirate suédois, dont nous partageons les ambitions. Nous voulons protéger les droits fondamentaux des citoyens, la liberté de parole et d'opinion, la confidentialité des communications et le droit à la culture, contre la surveillance étatique. Il faut libérer la culture des excès du droit d'auteur tel qu'il est pratiqué aujourd'hui, car il profite aux multinationales au détriment des consommateurs. Nous combattons aussi les brevets et les monopoles privés, car ils nuisent au fonctionnement de notre société. Quant aux alliances, elles seront sans doute nécessaires.
Comment jugez-vous la situation suisse du point de vue de la législation sur le partage de fichiers?
– La situation est loin d'être idéale. Je ne dis pas que la musique et les films doivent être gratuits. Mais criminaliser de nombreux Suisses, du jour au lendemain, en votant des lois plus sévères n'est pas la solution. Il faut chercher une autre voie, et nous allons nous y atteler. Les partis traditionnels n'ont pas l'air de considérer ces questions comme importantes. C'est sûrement un problème de génération.
Peut-on vraiment fonder un parti sur une seule idée?
– Nous n'avons pas qu'une seule idée! Beaucoup pensent que notre seul but est de défendre le partage de fichiers, mais nous sommes globalement pour la liberté, pour la sphère privée, contre la transparence intégrale du citoyen, contre les monopoles. Nous défendons les droits garantis par notre Constitution.
PROPOS RECUEILLIS PAR RODERIC MOUNIR
Note : 1 www.pp-international.net
2 www.piraten-partei.ch/fr