OLIVIER CHAVAZ
PROSTITUTION - Personnalités politiques et de la culture se mobilisent en faveur du centre de documentation, menacé par une décision du Conseil d'Etat.
Les soutiens du Centre Grisélidis Réal sortent du bois. Après le veto gouvernemental à un don de la Loterie romande (notre édition du 6 juin), plusieurs personnalités ont volé au secours de l'association qui a pour but la mise en valeur des archives de la célèbre prostituée militante, décédée en 2005. La semaine dernière au Grand Conseil, la socialiste Anne Emery-Torracinta s'est fendue de deux interpellations. Et un comité de soutien vient de lancer une pétition.
«Pourquoi le Conseil d'Etat a-t-il refusé de valider le soutien financier (...) proposé par l'organe de répartition de la Loterie romande?» questionne la députée dans sa première interpellation urgente écrite. Le Centre Grisélidis Réal n'a en effet jamais obtenu d'explication officielle. Ce n'est que lorsqu'il a été sollicité par la presse que le Département de la solidarité et de l'emploi est sorti de son silence. Pour indiquer que des doutes quant à l'utilité et à la pérennité du projet ont motivé le collège gouvernemental à s'opposer au don. Il semblerait toutefois que la décision ait été prise par le seul François Longchamp.
Dans son second texte, Anne Emery-Torracinta demande au Conseil d'Etat des comptes sur le nombre de propositions de l'organe de répartition qu'il a examinées, leur nature et les raisons invoquées pour en rejeter certaines. «Au-delà du cas particulier du Centre Grisélidis Réal, je pose surtout une question de principe. La Loterie n'attribue pas ses fonds au hasard, mais après un examen sérieux des dossiers. J'aimerais donc savoir en vertu de quels critères le gouvernement se prononce. Ne s'agit-il pas, en l'occurrence, du 'fait du prince'?» indique au Courrier la socialiste.
Côté «société civile», un comité de soutien est en cours de constitution, sous l'égide de la militante féministe Anna Spillman. Cette dernière estime que le veto gouvernemental ressemble à «une nouvelle attaque contre le patrimoine culturel alternatif». «On essaye de noyer ou de tuer dans l'oeuf tout ce qui est un peu en marge», regrette-t-elle. Et de juger que le centre de documentation internationale sur la prostitution est appelé à devenir un «lieu de référence, d'information et de formation» qui n'existe nulle part en Suisse. Parmi les premiers signataires de la pétition figurent notamment les cinéastes Nicolas Wadimoff, Jean-Michel Carré et Laurent Nègre, ainsi que l'écrivain et éditeur Yves Pagès. I