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LA NATURE ÉVOLUE CONSTAMMENT

Paru le Mercredi 03 Juin 2009
   Lettre de lecteur    

Lecteurs AGRICULTURE Jean-David Rochaix commente la page Contrechamps du 22 mai intitulée «A table avec les semences numériques».
L'article paru dans Le Courrier du 22 mai sur les semences «numériques» appelle quelques commentaires. Il est vrai que toutes les plantes que nous mangeons ont subi des mutations. Depuis les débuts de l'agriculture, il y a plus de dix mille ans, l'homme n'a cessé de sélectionner, de croiser et de manipuler des plantes pour améliorer leurs qualités agronomiques. Un exemple intéressant est le maïs actuel qui dérive de son prédécesseur le téosinte, une plante sauvage qui ne produit que des épis minuscules. Grâce aux progrès de la génétique moléculaire, on sait aujourd'hui qu'il a fallu six mutations pour passer du téosinte au maïs que nous consommons aujourd'hui. En cette année où nous célébrons le 200e anniversaire de Charles Darwin, le naturaliste anglais qui a développé la théorie de la sélection naturelle qui donne une explication cohérente de l'évolution du monde vivant, il est utile de rappeler que la nature évolue constamment par le jeu des mutations et de la sélection des organismes. Sans aucune mutation, il n'y aurait pas eu d'évolution. Dans la nature, les génomes sont très dynamiques, ils subissent des réarrangements chromosomiques, des recombinaisons, des délétions et parfois même des insertions d'ADN étranger. Pourquoi alors s'inquiéter de manger des plantes mutées, alors que les mutations apparaissent constamment chez tous les organismes vivants?
La deuxième partie de votre article mentionne qu'aujourd'hui les chercheurs n'ont plus besoin de graines vivantes. Alors qu'il est vrai que des chercheurs ont récemment pu synthétiser le génome entier d'un mycoplasme (bactérie sans paroi) dont le génome est très petit par rapport aux génomes des végétaux qui sont mille fois plus grands, il reste encore un très long chemin à parcourir pour recréer artificiellement le génome d'une plante. En plus des difficultés techniques liées à un tel projet qui sont loin d'être résolues, les coûts seraient exorbitants, et d'un point de vue scientifique un tel projet n'aurait pas beaucoup de sens. Ainsi, les chercheurs continueront à avoir besoin de graines vivantes et cela pour très longtemps.
Dans votre article, vous traitez les chercheurs d'apprentis sorciers du XXIe siècle. Cela démontre un parti pris injustifié contre les scientifiques. Savez-vous que mon collègue Christof Sautter, de l'Ecole polytechnique de Zurich, a dû établir un dossier de plus de 500 pages pour réaliser une expérience en champ sur 10 m2 avec du blé transgénique et qu'il a dû patienter pendant cinq ans avant de recevoir l'autorisation? Les contrôles des expériences sur les OGM en champ en Suisse sont très sévères et toute expérience de ce type doit être soigneusement justifiée. Je terminerai par cette phrase de Sénèque, qui reste très actuelle: «Il y a plus de choses qui nous font peur que de choses qui nous font mal.»
JEAN-DAVID ROCHAIX,
Note : professeur aux départements de biologie moléculaire et biologie végétale, Université de Genève



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