PHILIPPE BACH
Peut-on se passer du passeport biométrique? Ce week-end, le peuple se prononcera sur l'introduction de ces papiers d'identité au fort relent de Big Brother. Une puce dite RFID est en effet incorporée à ces documents. Elle permet de stocker toute une série de données de manière électronique et peut être lue à distance avec un lecteur adéquat.
Il est heureux que le référendum lancé in extremis ait abouti. Plusieurs arguments militent pour un rejet pur et simple de ce qui est une nouvelle violation du droit au respect de la sphère privée par un Etat qu'on sait volontiers fouineur.
Plusieurs problèmes se posent. Tout d'abord, les données inscrites de manière électronique sont nombreuses et permettent une traçabilité des plus pointues. Elles comportent de surcroît une photo électronique et deux empreintes digitales (sauf pour les enfants de moins de 12 ans).
Le tout est réuni dans une banque de données centrale. C'est bel et bien à un fichage généralisé des Suisses que les autorités fédérales ont donné le feu vert. Les accords de Schengen-Dublin servent uniquement de prétexte. Cette union douanière et policière exige un passeport biométrique mais pas de fichier central. Des pays plus chatouilleux sur le respect des droits de la personne, comme l'Allemagne, ont renoncé à l'encartage électronique de l'ensemble de leur population.
Quand on se rappelle la triste affaire des fiches, ce seul aspect est déjà suffisant pour inviter le Souverain à exprimer une salutaire prudence. La conseillère nationale radicale zurichoise Doris Fiala a d'ailleurs donné un avant-goût de la manière dont cette pratique pourrait être étendue. Ceci en plaidant pour une utilisation des empreintes dans toute affaire criminelle. A quand l'incorporation d'un brin d'ADN dans ce mouchard électronique?
Certains partis refusent d'ailleurs la loi pour ce seul aspect, tout en admettant que le passeport biométrique s'impose. Mais il est également loisible d'exprimer un second refus sur le principe même de l'incorporation d'une puce RFID dans les papiers d'identité.
La loi prévoit que ces données pourront être lues par tout pays «dont le niveau de protection est équivalent au niveau suisse». Et par les compagnies aériennes. Prendre l'avion signifiera donc automatiquement l'incorporation des ses données privées dans des fichiers d'autres pays.
Quand on voit la dérive autoritaire des pays anglo-saxons, il y a tout lieu d'être inquiet. Le Monde Diplomatique du mois de mai narre la récente mésaventure survenue à l'un de ses collaborateurs. L'avion de ligne qu'il empruntait a été dérouté car leur reporter figurait sur la liste des dangereux gauchistes vilipendés par l'Oncle Sam. Son avion ne faisait que survoler l'espace aérien étasunien...
Enfin, dernière réserve, on nous assure que ces données seront verrouillées. Voire. En informatique, tout se craque, pourvu qu'on y mette le temps et l'argent. Et les longues oreilles de l'Etat fouineur n'en manquent généralement pas.