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Stress au travail, un fléau qui progresse

Paru le Samedi 21 Mars 2009
   CLARA MARC    

Neuchâtel SOCIÉTÉ - Si les problèmes liés à des pressions dans l'environnement professionnel sont en hausse, les personnes concernées n'engagent que rarement une procédure de défense.
Travail et santé mentale ne font pas toujours bon ménage. Les syndicats et les organes de contrôle constatent en effet une forte hausse des problèmes liés à des pressions et au stress dans les entreprises. «Les atteintes psychiques et les altérations de la personnalité sont en nette augmentation», indique Pascal Crespin, secrétaire syndical responsable de l'industrie de la section cantonale d'Unia. «Dans le secteur de la santé, le nombre de cas a littéralement explosé en 2008», ajoute Georges Bragoni, secrétaire syndical à Syna Neuchâtel. Les difficultés rencontrées sont diverses. Certaines personnes ne parviennent pas à se faire payer leur salaire ou à prendre leurs vacances, d'autres sont victimes de harcèlement, verbal ou sexuel. Mais selon Unia, Syna et l'Office de surveillance, d'inspection et de santé au travail (OSIS), la majorité des plaintes concerne l'organisation du travail. Pour Pascal Crespin, les conditions de travail, comme un environnement bruyant ou des machines dangereuses, ne sont que peu responsables de ces affectations psychologiques. «Aujourd'hui, les cadences peuvent être terribles, on demande toujours plus au travailleur», regrette Georges Bragoni. «Et souvent, les cahiers des charges ne correspondent pas du tout aux responsabilités réelles.»


Des problèmes mal définis

Les syndicats notent également la difficulté à évaluer correctement les problèmes. «Le chef, les collègues, la charge de travail: tout est mélangé quand les gens viennent nous voir», explique le secrétaire syndical de Syna. Si le mobbing et le harcèlement sexuel tombent sous le coup de la loi et de certaines conventions collectives, et sont donc plus facilement identifiables, ce n'est pas le cas d'autres situations. Des facteurs comme l'ambiance de l'entreprise ou la sensibilité de chacun jouent en effet aussi un rôle. «Les choses seront ressenties différemment selon le climat de travail», confirme Michel Guenat, chef du secteur prévention de l'OSIS. «Et il ne faut pas oublier que nous n'avons que la version de la victime.»
Si ces constats sont sans appel, les chiffres restent encore peu représentatifs. Selon Georges Bragoni et Michel Guenat, environ deux personnes consultent chaque mois à ce sujet. Il ne s'agirait toutefois que de la pointe de l'iceberg: dans les faits, de nombreux salariés seraient concernés. «Unia a organisé des cours liés à la gestion du stress en 2008. Les inscriptions ont afflué et nous avons dû tripler le nombre de sessions», raconte Pascal Crespin. «Et lors de discussions, je remarque que les gens consomment massivement des antidouleurs.»

Des maladies peu mises en avant


Pour sa part, Michel Guenat observe que la part de personnes bénéficiaires d'une rente AI liée à des problèmes psychiques est de 40%. Le directeur de l'Office cantonal de l'assurance-invalidité, Fabio Fierloni, souligne toutefois qu'un lien de cause à effet entre cette constatation et le stress au travail ne peut pas être établi.

Mais les victimes sont très discrètes. Et pour cause: la plupart ont un emploi, et n'ont pas envie de le perdre. «Les gens ont besoin d'être écoutés, mais ils ne veulent pas agir», note Georges Bragoni. «Le fait de devoir témoigner les fait notamment reculer. J'ai vu des gens commencer une procédure, puis la stopper lorsque eux-mêmes ou des témoins doivent s'exprimer. Ils craignent d'être licenciés.»
Les preuves peuvent également poser des problèmes. Sans emails ni lettres, difficile en effet de rendre crédible une situation de mobbing ou de harcèlement sexuel. Pascal Crespin déplore aussi la mauvaise réputation de ce genre de difficultés. «Les affectations psychiques sont mal vues et n'appellent pas à la solidarité, mais isolent.» Résultat, très peu de gens engagent une action pour se défendre. «Je n'ai jamais vu personne aller jusqu'au bout», souligne Georges Bragoni.


Des facteurs d'influence

Pourtant, chacun peut se retrouver un jour dans la peau de la victime. Les secrétaires syndicaux expliquent rencontrer des personnes de tout âge, des deux sexes et actifs dans tous les secteurs. Certains facteurs pourraient toutefois avoir une influence. Michel Guenat et Georges Bragoni notent en effet une légère majorité de femmes parmi les personnes concernées. Pascal Crespin ajoute que les employés des petites entreprises ont plus de difficultés à parler.
Le secrétaire syndical souligne finalement l'influence du salaire. «A partir de 5000 francs par mois, les travailleurs ne revendiquent plus d'argent, mais du temps.» Au dessous de cette somme, les demandes d'améliorations financières restent importantes. I



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