Anne Pitteloud
Dans le cadre de la 14e Semaine de la langue française et de la francophonie, le poète, essayiste et romancier martiniquais Edouard Glissant est invité samedi au Théâtre Saint-Gervais, à Genève. Organisée par l'association pour une Maison de la littérature à Genève en collaboration avec le Théâtre Saint-Gervais et l'Institut du Tout-Monde, cette «Journée Edouard Glissant» démarre à 15h par des «lectures vagabondes» de ses textes. A 16h30, il dialoguera avec Antoine Raybaud sur la poésie puis, à18h15, la lecture d'extraits de Terre inquiète (1954) et de Sel noir (1960) précédera la «grande lecture», par Marianne Basler, de Les Indes (1955).
Né en 1928, Glissant adhère tout d'abord au concept de la négritude élaboré par Aimé Césaire, avant de développer l'idée d'antillanité et de créolisation: les origines africaines ne sont ici qu'une facette d'une antillanité multiple, fondée sur la notion d'«identité rhizome», ouverte sur le monde et la mise en relation des cultures. Ses réflexions ont inspiré une génération de jeunes écrivains antillais, dont Raphaël Confiant ou Patrick Chamoiseau, avec lequel Glissant a écrit plusieurs ouvrages. Ils figurent notamment parmi les signataires du «Manifeste pour des 'produits' de haute nécessité», appel pour un art politique qui mettrait le poétique au centre, lancé lors des récentes émeutes aux Antilles. Glissant et Chamoiseau viennent également de publier L'Intraitable beauté du monde, une «adresse à Barak Obama» dont l'élection incarne cette «créolisation» du monde que Glissant appelle de ses voeux depuis trente ans (Galaade 2009).
«Ecrivain militant, il cherche à définir une approche poétique et identitaire pour la survie des peuples au sein de la mondialisation à travers le concept de 'mondialité'», écrit Antoine Raybaud. C'est dans cette optique que Glissant a fondé à Paris l'Institut du Tout-Monde, qui se propose de «faire avancer la connaissance des phénomènes et processus de créolisation, et de contribuer à diffuser l'extraordinaire diversité des imaginaires des peuples, que ces imaginaires expriment à travers la multiplicité des langues, la pluralité des expressions artistiques et l'inattendu des modes de vie» (www.tout-monde.com). ANNE PITTELOUD
Note : Sa 21 mars de 15h à 19h30, Saint-Gervais, 5 rue du Temple, Genève.
Rens: www.maisondelalitterature.ch