FABIO LO VERSO
Aux Etats-Unis, cela fait longtemps que le secret bancaire suisse a été démantelé. Pourquoi s'en émouvoir aujourd'hui? Peu se souviennent qu'en novembre 2000 les deux plus grandes banques helvétiques se sont volontairement soumises au droit étasunien. En échange, elles ont pu librement se mouvoir sur le plus vaste marché financier de la planète. Tant pour l'UBS que pour le Credit Suisse, il s'agissait de respecter ce simple précepte: ne jamais aider un client à échapper au fisc américain. Passer outre pouvait signifier, pour la première banque suisse, le retrait de sa licence aux Etats-Unis. A Berne, il est de bon ton de défendre l'exception fiscale helvétique, conférant au secret bancaire la prétendue vertu de protéger le citoyen contre un Etat fouineur. Mais, chez l'oncle Sam, les agissements de l'UBS sortent à l'évidence du cadre helvétique. Entre la banque et les autorités étasuniennes, le contentieux porte sur la violation de règles auxquelles les deux parties ont souscrit sur le sol américain. Les filiales d'UBS aux Etats-Unis ne sont pas liées par les lois suisses. Au pays des subprimes et de Bernie Madoff, personne n'ignore par ailleurs qu'aider le détenteur d'un compte à frauder le fisc constitue un délit pénal, justifiant la levée du secret bancaire. Dans ce cas, pourquoi l'UBS ne devrait-elle pas être tenue de révéler l'identité de ses clients américains titulaires d'un compte en Suisse?
Preuve que l'affaire demeure exclusivement du ressort étasunien, le Conseil fédéral fait profil bas. Lui qui, dans le passé, n'a jamais hésité à défendre les firmes bancaires helvétiques à l'étranger. A voir l'attitude en retrait de Hans-Rudolf Merz, on comprend que le secret bancaire n'est pas menacé. Et que l'UBS devra s'extraire par ses propres moyens du bourbier étasunien. Comme pour enfoncer le clou, la Finma, le gendarme suisse des marchés financiers, a exhorté la banque à livrer les noms de ses clients douteux. Au motif que sa retenue et son opacité porteraient préjudice à la réputation de la place financière suisse. Le géant helvétique serait-il devenu un canard boiteux, une honte pour le pays? Visiblement indéfendable, son cas suscite pourtant des réactions outrées au sein de la classe politique suisse. Mais celle-ci, par maladresse ou délibérément, rate la véritable cible. Par un tour de passe-passe, ce sont les Etats-Unis, et non l'UBS, qui s'attirent la foudre. A l'heure des subprimes, la banque, réputée être l'incarnation du délire financier, est désormais considérée à Berne comme un otage aux mains de Washington. Dans ce dossier, la cécité s'empare de la droite comme de la gauche parlementaire, pour qui les Etats-Unis empruntent la voie du chantage –le retrait de la licence bancaire– et non celle de la légalité. Pour les socialistes, Washington ne respecterait carrément pas l'Etat de droit suisse...
Au moment où les turpitudes financières commises par les instituts bancaires laissent des milliers d'employés sur le carreau, les déboires de l'UBS aux Etats-Unis devraient inciter à faire l'éloge de la transparence fiscale et à obliger les banques fautives à renoncer à leurs arrangements lucratifs mais illégaux. Se tromper de cible, c'est perdre d'avance le combat.