MALIK BERKATI, BERLIN
CINÉMA - Le Festival de Berlin accueille un docu canadien qui fait honneur à la tradition sociale et politique de la manifestation. Fascinant.
Certains voient là un hasard, d'autres la preuve de la sensibilité particulière des artistes vis-à-vis de leur environnement. Toujours est-il que de nombreux films présentés au 59e Festival international du film de Berlin ont pour sujet le système économique mondial, les méfaits et travers de la globalisation, ses conséquences pour les populations des pays en développement – et ceci sur tous les modes: humoristique ou tragique, fictionnel ou documentaire. Un de ces films qui a fait sensation, L'encerclement - La démocratie dans les rets du néolibéralisme de Richard Brouillette, est un véritable cours ex cathedra sur les fondements du néolibéralisme. Il vient du Québec, a été tourné en noir et blanc et dure 160 minutes!
Le temps de la parole
Evidemment, au premier abord, cela peut faire un peu peur: deux heures quarante d'interviews d'économistes éminents, de tenants et adversaires de l'idéologie néolibérale 1 ainsi que d'une catégorie – peu connue en Europe – de néolibéraux radicaux: les libertariens. Cependant, le côté un peu statique, sans interventions orales du réalisateur mais avec des intertitres donnant des compléments d'information, permet de longs plans-séquences qui laissent aux intervenants le temps de s'exprimer et d'expliquer des choses complexes.
Richard Brouillette se dit «réfractaire aux documentaires faits par la télévision, sortes de clips avec des plans de coupe toutes les 30 secondes». Il a donc voulu «s'éloigner de ce genre et laisser les gens parler, avec le moins d'interventions possibles, même dans le montage». «Je ne suis pas élitiste, précise-t-il, mais je pense qu'il est important que les gens voient des films comme le mien, qui demandent un niveau d'attention et de réflexion plus élevé que le standard de la TV.» Il aura fallu douze ans au cinéaste pour achever ce petit traité filmé d'économie en dix chapitres, inspiré par un éditorial d'Ignacio Ramonet sur la pensée unique, paru dans Le Monde diplomatique.
Payer pour polluer
Au final, écouter ces spécialistes saisissants de clarté nous démêler les racines du néolibéralisme, les mécanismes de son expansion et les idées qu'il véhicule est une expérience fascinante. Tout comme entendre un libertarien tenter de démontrer l'aberration du système des monopoles publics sur le thème des rivières: l'Etat est responsable de leur pollution, alors que si elles appartenaient à des particuliers, ceux-ci en prendraient soin ou feraient payer au pollueur pour polluer!
Cet exemple offre une représentation radicale de la situation de monopoles étatiques comme ceux de la santé et de l'éducation, dont le démantèlement depuis quelques décennies est présenté comme une évolution normale et inéluctable. Le domaine de l'éducation, crucial pour conditionner les enfants dès l'école primaire et achever l'«encerclement» de la pensée, est d'ailleurs longuement décortiqué et ses enjeux explicités. I
Note : 1 Noam Chomsky, Ignacio Ramonet, Normand Baillargeon, Susan George, Omar Aktouf, Oncle Bernard, Michel Chossudovsky, François Denord, François Brune, Martin Masse, Jean-Luc Migué, Filip Palda, Donald J. Boudreau.
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