SFI
Théologien brésilien de la libération et militant social historique, Frei Betto fut l'une des personnalités les plus «sollicitées» par les participants de la session de Belém. Lui et son collègue Leonardo Boff ont participé à des dizaines d'activités organisées par des ONG et des mouvements sociaux. A son terme, l'ancien conseiller de Lula estime «que le FSM est en pleine expansion et consolidation. Au contraire du Forum de Davos, qui est très démoralisé.» Il en veut pour preuve que «de nombreux présidents, y compris Lula, qui avaient toujours tenté d'assister aux deux forums, ne vont plus à celui qui se tient en Suisse.»
Et Frei Betto d'enfoncer le clou: «Heureusement, le Forum de Davos a échoué. Nous voyons maintenant qu'il n'y avait rien de scientifique dans ses théories et ses affirmations sur l'actuel modèle dominant. Seulement la spéculation et la barbarie. Sa justification idéologique est affaiblie. Il lui est impossible d'expliquer la contradiction de base, à savoir que 500multimillionnaires à l'échelle de la planète possèdent une richesse supérieure à celle de 42nations du monde, où vivent 600millions de personnes. C'est inimaginable et insupportable!»
Le Brésilien relève également la présence de cinq présidents latino-américains (Equateur, Venezuela, Bolivie, Paraguay et Brésil) ainsi qu'«une participation indigène jamais vue auparavant (plus de 2000 personnes)».
Quant au présent et au futur du FSM, «il est important de rappeler son caractère non-partisan et non-gouvernemental. C'est un espace citoyen très démocratique, où le mouvement social est l'acteur hégémonique. Il faut défendre cette conception: le FSM ne peut être la courroie de transmission d'aucun parti ou d'une idéologie unique. Le FSM est une pompe à essence. Les gens viennent s'y approvisionner, s'y recharger. Mais ce n'est pas une route. La route, c'est la lutte hors du FSM. Chaque mouvement et acteur social vient s'y approvisionner et créer des liens de solidarité avec des objectifs proches. Mais la lutte continue ensuite. Il ne faut pas transformer la pompe à essence en route, ni confondre les espaces. Pour ceux qui pensaient que le FSM et l'altermondialisme étaient épuisés, cette session de Belém leur a répondu. Il nous a transmis beaucoup de courage, beaucoup de participation et je pense qu'il renouvelle une espérance très forte. En résumé, ce fut un moment très positif pour sauver l'utopie.» SFI