FABIO LO VERSO
LÉGISLATION - Au terme d'une opération de contrôle, 26 personnes ont été renvoyées en Roumanie. Ces expulsions indignent les défenseurs des Roms.
Les mendiants font à nouveau parler d'eux. La police genevoise a mené, hier, une vaste opération de contrôle, se soldant par le renvoi de vingt-six personnes en Roumanie. A l'approche du scrutin sur la libre circulation, le 8 février prochain, cette expulsion massive irrite l'organisation Mesemrom. «Nous sommes totalement indignés», réagit l'avocate Doris Leuenberger. Interrogé par la Radio suisse romande (RSR), le conseiller d'Etat Laurent Moutinot a expliqué qu'il s'agissait de «passer à la vitesse supérieure». La question de la mendicité continue de crisper les autorités.
Dotée depuis un peu plus d'un an d'une loi punissant cette pratique, Genève a multiplié les contrôles. Plus de la moitié des 2200 vérifications effectuées se sont terminées par une amende. Mais elles n'auraient pas eu «beaucoup de succès», d'après le conseiller d'Etat socialiste. Les Roms n'ont pas fui en masse Genève. Les renvois décrétés hier auront-ils un meilleur effet dissuasif? Le Courrier n'a pas pu joindre le magistrat chargé du dossier.
Depuis 2004, les ressortissants roumains peuvent librement se déplacer en Suisse. Dans le canton, le séjour de ceux qui «tendent la main» est soumis à une surveillance stricte. «C'est de l'acharnement», assène Doris Leuenberger. L'avocate s'interroge sur la légalité des vingt-six exécutions de renvoi.
Renvois précédents
«J'espère que ces personnes étaient déjà frappées d'une décision administrative ou d'une interdiction d'entrer en Suisse.» Sans cela, ces décisions peuvent poser problème au regard du droit. «La possibilité d'opposer un recours doit être garantie et aussi celle de s'adresser à des organisations de défense comme la nôtre». Or, la juriste de Mesemrom n'a reçu aucun appel.
Une précédente vague de renvoi, au terme de l'été dernier, s'était déroulée dans le respect de la légalité. Quelque vingt mendiants avaient reçu l'ordre de quitter le territoire. A l'époque, le canton s'était concerté avec l'Office fédéral des migrations (ODM), qui détient la compétence sur les expulsion des étrangers. Cette nouvelle affaire intervient au moment où la campagne contre la libre circulation s'appuie sur des préjugés contre les Roms. Voici dix jours, cinq ONG1 ont fait part de leur préoccupation.
«Il ne faut pas voir de lien immédiat entre la votation et les renvois d'hier», prévient toutefois Doris Leuenberger. Pour l'avocate, la campagne populiste de l'UDC et les décisions de la police genevoise doivent être séparées. Reste que cette annonce risque de «renforcer les stéréotypes ambiants sur les Roms et les amalgames», analyse Stéphane Laedrich, directeur de Rroma Foundation. Au moment où «on cherche à sensibiliser la population suisse sur les Roms, ce qui se passe à Genève oblige à redoubler d'efforts.» I
Note : 1L'Organisation suisse d'aide aux réfugiés, Amnesty International, la Société pour les peuples menacés, la Rroma Foundation et Humanrights.ch/MERS.