Accueil » International » article

A Douala, l'accès à l'eau potable est un luxe

Paru le Mardi 18 Novembre 2008
   ANNE PITTELOUD, DE RETOUR DE DOUALA    

International Coût trop élevé, qualité médiocre, accès difficile: l’eau est un problème pour trois quarts des habitants de la capitale économique du Cameroun. Le gouvernement vient de privatiser le secteur de la distribution et de la commercialisation. Reportage.
«L'eau n'est pas considérée comme une nécessité. Elle reste un luxe que tout le monde ne peut pas se payer.» Brigitte en sait quelque chose, qui fait vivre un ménage de sept personnes avec son salaire de serveuse – 40 000 francs CFA par mois, soit environ 100 francs suisses. Pourtant, la jeune femme fait presque figure de privilégiée: dans la cour de sa maison du quartier de Bepanda, à Douala, coule un robinet. Le Cameroun compte actuellement 273 000 abonnés au réseau d'eau potable pour plus de 17 millions d'habitants. La situation des grandes villes est catastrophique: à Douala, comme dans la capitale Yaoundé, trois quarts de la population n'a pas accès individuellement à l'eau potable et moins de 40% des ménages sont raccordés au réseau, selon le dernier rapport (2007) de l'Institut national de la statistique camerounais.
Fleuves et rivières, nappes phréatiques, saison des pluies: l'eau ne manque pourtant pas dans cette région fertile. «Le gros du problème, ce sont les quartiers qui émergent de façon spontanée», analyse Paul Mpoulet, délégué provincial du Ministère de l'eau et de l'énergie. «La population de Douala a explosé et l'Etat n'arrive pas à suivre. Les gens s'installent car ils ont trouvé un lopin de terre, même s'il n'existe aucune infrastructure; ils s'arrangent pour tirer l'électricité jusqu'à leur maison, mais n'ont pas accès à l'eau.» A cela s'ajoute l'incurie de l'Etat. «Pendant vingt ans, l'Etat n'a rien investi dans le secteur de l'eau, touché lui aussi par la crise économique», relève Serge Essouma, chef de la communication de la Camerounaise des eaux (CDE), consortium marocain qui a pris en charge la distribution et la commercialisation de l'eau potable depuis cet été. Le gouvernement espère que la récente privatisation du secteur créera un dynamisme à même d'améliorer la situation (lire page suivante).


Parcours du combattant

Il est encore trop tôt pour en juger. Pour l'heure, les habitants de Douala continuent à se débrouiller comme ils peuvent. Dans les quartiers populaires de Bepanda et de New Bell, on se montre sceptique face aux promesses des autorités. «On promet beaucoup mais on ne réalise rien, on a beau expliquer notre situation, écrire, on ne nous répond jamais», dénonce Brigitte.
Dans la cour de leur maison de Bepanda, Brigitte et Jacqueline préparent des bananes plantains entourées d'enfants. L'habitation donne sur une rue en pente, bordée de rigoles où s'écoulent l'eau de pluie et les eaux sales. Le sol de terre rouge, défoncé, est inondé. Spectacle banal: «Les conduites enterrées sont mal protégées, le sol est raviné par les pluies et les voitures qui passent cassent les tuyaux», explique Brigitte. «Notre facture, qui est normalement d'environ 8000 francs CFA par mois (20 francs suisses, ndlr), grimpe tout à coup à 25 000 ou 30 000 francs CFA et on ne comprend pas pourquoi: c'est qu'on continue de payer l'eau qui s'échappe du tuyau rompu, parfois pendant des semaines.» De plus, c'est au propriétaire du compteur de payer la réparation.
Autant de frais qui s'ajoutent à ceux de l'installation du compteur – environ 100 000 francs CFA. D'autant qu'«il faut ensuite payer la canalisation pour que le branchement arrive jusqu'à chez soi», continue Brigitte. Obtenir un compteur relève par ailleurs du parcours du combattant, avec des délais de six mois, voire une année d'attente entre la demande et l'installation. Autres frais imprévus: lorsque le compteur est bloqué, la facture est évaluée selon un taux mensuel forfaitaire de 20 000 FCFA, «pas du tout basé sur la consommation réelle, sur les anciennes factures!» s'insurge Brigitte. A nouveau, changer de compteur revient à attendre plusieurs mois.
Pour beaucoup, être abonné au réseau revient donc trop cher. La majorité de la population achète l'eau chez un voisin qui dispose déjà d'un compteur. Celui-ci, responsable des dégâts et des réparations, vend son eau plus chère qu'il ne l'achète. Une fillette arrive d'ailleurs chez Brigitte pour remplir un bidon: 10 litres d'eau potable, à 15 francs CFA, pour six personnes et deux jours. Au final, la facture de sa famille s'élèvera à environ 15 000 francs CFA par mois.


Eau trouble

«L'eau est trop chère et elle n'est même pas potable», déplorent Brigitte et Jacqueline. «Ceux qui en ont les moyens utilisent un filtre avant de la boire: si on la laisse reposer il y a des dépôts jaunes au fond.» C'est que les canalisations, vétustes, ont rouillé. L'eau minérale est bien sûr trop chère pour ces familles.
De l'eau de source, plus pure, est vendue aux bornes fontaines installées dans certaines rues. A New Bell, des fillettes font la queue à la fontaine installée en face de la maison de Justin, assis devant sa porte. C'est là qu'il achète lui aussi son eau, à 25 francs CFA les 15 litres, qui durent deux jours. «C'est pour boire. Le reste est tiré au puits.» Dans ce quartier où agressions et vols à la tire sont monnaie courante, commis par les «enfants de la rue», ces adolescents désoeuvrés, ils sont une minorité à pouvoir se payer un compteur. A côté de chez Justin, une échoppe vend de l'eau de forage à 50 FCFA les 1,5 litre. C'est là que François, un voisin, s'approvisionne. «On paye en fait le transporteur qui l'achemine à Douala, explique-t-il. Car ces forages appartiennent à des sociétés commerciales actives dans différents domaines, qui mettent l'eau gratuitement à disposition des populations.»


Problèmes sanitaires

A Bepanda comme à New Bell, l'eau du puits reste indispensable pour se laver, faire la cuisine, la lessive, etc. Le quartier verse une petite contribution pour financer son entretien. Mais cette eau, non potable, provoque souvent des maladies – maux de ventre, amibes, vers, etc. –, surtout chez les enfants qui l'avalent par mégarde en se lavant. Mêmes problèmes sanitaires avec l'eau du robinet vendue dans la rue, emballée dans des bouteilles en plastique récupéré où elle se conserve mal. Enfin, en l'absence de tout système collectif d'assainissement des eaux usées, plus de 85% de la population urbaine utilise des modes d'assainissement individuel avec tous les risques de pollution que cela implique. Les fosses septiques, souvent trop proches des puits, contaminent les nappes phréatiques. En 2004, une épidémie de choléra s'est déclarée dans six des dix provinces du pays. Le volet assainissement devrait être pris en charge par la Camerounaise des eaux dans un deuxième temps.


Coupures fréquentes

Mais «au moins, avec le puits, il n'y a jamais de pénurie», remarque Jacqueline. C'est que les coupures d'eau, dues à des problèmes de pression, sont fréquentes à Douala et la situation est souvent kafkaïenne. Certains quartiers n'ont plus d'eau depuis deux mois; les abonnés continuent de payer la location mensuelle de leur compteur, tout en achetant l'eau ailleurs, ce qui grève leur budget. «Les gens paient de peur qu'on leur enlève le compteur», explique Jacqueline, tout comme ils respectent les délais malgré leurs difficultés: l'amende forfaitaire pour un retard de paiement grimpe à 5000 FCFA, l'eau est coupée le lendemain, le compteur enlevé, et «pour le redémarrer, on doit attendre des mois et ça coûte encore», critique Brigitte. «Alors on va au guichet, on fait la queue, on se fait agresser, il faut s'aligner, faire des courbettes pour payer, monnayer le vigile pour aller plus vite...»
Mais pour les autorités, le prix de l'eau reste tout à fait abordable. «Ceux qui ont des difficultés ne vivent pas forcément dans les zones couvertes par le réseau mais utilisent l'eau des forages ou des sources», note Paul Mpoulet. Abdellah Allouche, directeur technique de la CDE, salue quant à lui le fait que 90% des Camerounais paient dans les dix jours comme exigé. «Ce n'est pas vrai qu'ils sont démunis.» I



article

«Un marché lucratif et en pleine croissance»

   APD    

Au Cameroun, «le taux de croissance dans le secteur de l'eau est aujourd'hui de 7% par an, on veut le porter à 10%», se réjouit Abdellah Allouche, directeur technique de la Camerounaise des eaux (CDE), consortium marocain composé de l'ONEP (Office national de l'eau potable du Maroc), de la CDG (Caisse de dépôt et de gestion, premier groupe financier marocain), et des sociétés Delta Holding et Ingema. La CDE a été choisie pour s'occuper du volet production, transport, traitement, stockage, distribution et commercialisation de l'eau au Cameroun. Elle exploitera le patrimoine de la Camwater – estimé à 316 milliards de FCFA –, société propriété de l'Etat dont la tâche est de construire, assurer la maintenance et gérer les infrastructures du réseau. Depuis cet été, CDE et Camwater sont les deux entités nées de la défunte Société nationale des eaux du Cameroun (SNEC), qui a achevé son processus de privatisation. «La CDE est sous le contrôle de l'Etat», précise Paul Mpoulet, délégué provincial du Ministère camerounais de l'eau et de l'énergie, qui refuse le terme de privatisation. «L'Etat a décidé de créer deux structures pour dynamiser le secteur, qu'il n'est pas arrivé à développer. Mais l'eau doit rester un service public.» L'Etat est lié à la Camwater par une convention de concession, et à la CDE par un contrat d'affermage et de performance. L'affermage porte sur les 106 centres du pays et concerne la distribution, la production et la commercialisation dans toutes les agglomérations. La CDE s'occupera du renouvellement et de la réhabilitation des installations, dans une perspective de développement durable, poursuit le directeur technique de la CDE, qui met en avant l'originalité du partenariat privé/public et l'intérêt d'une expertise Sud-Sud. «Le Maroc d'il y a dix ans connaissait les mêmes problèmes.» Côté performance, la CDE doit développer le réseau selon des objectifs fixés pour les dix ans de son mandat.
La tâche s'annonce titanesque: l'Etat camerounais n'a pas investi dans le secteur de l'eau depuis plus de vingt ans. La moitié des centres du pays devront être rénovés dans les deux prochaines années, et d'ici à dix ans, le réseau de canalisations devra être étendu et entièrement renouvelé – les anciennes canalisations en fer remplacées par du PVC. «Nous comptons avoir 500 000 à 600 000 abonnements dans dix ans, contre 273 000 aujourd'hui, explique encore Abdellah Allouche. Nous voulons également doubler le taux de desserte nationale, qui est d'environ 30% aujourd'hui.» Les investissements seront financés de plusieurs manières. L'eau est vendue à la population 300 FCFA le m3. La CDE perçoit 176 francs sur cette somme et verse la différence sous forme d'une redevance à la Camwater. La CDE reçoit également une rémunération fixe de 500 francs par abonnement facturé. Le tout «paie notre savoir-faire, les charges pour le service et l'entretien, les coûts d'exploitation et les investissements», explique M. Allouche. «Ces deux coûts sont révisables trimestriellement, selon un indice fixé par l'Etat qui tient compte du changement du taux de change, de l'énergie, de l'indice des prix.» C'est donc l'Etat, et non la CDE, qui peut éventuellement décider de l'augmentation des tarifs de l'eau.
L'argent perçu sur le m3 d'eau devrait permettre à la CDE d'investir 40 milliards de FCFA sur dix ans, «afin de financer 40 km de canalisations en PVC par an, 25 000 compteurs, et 5000 branchements à renouveler», estime M. Allouche. Aujourd'hui, 100 millions de m3 d'eau sont vendus par année: dans ce «marché en pleine croissance», la CDE compte vendre 1,5 à 2 milliards de m3 d'eau d'ici à dix ans. Enfin, elle prévoit de réaliser au total 40 000 nouveaux branchements. Mais comment vendre davantage d'eau à une population qui n'a souvent pas les moyens de s'abonner? Par une subvention, répond M. Allouche. Un prêt de 4,5 millions de dollars accordé par la Banque mondiale (BM) permettra de subventionner 50 000 branchements à l'eau potable sur quatre ans. «Pour ceux qui auront droit à la subvention, le branchement ne coûtera que 4000 FCFA.» Pour les autres, la CDE prévoit la mise en place de «branchements sociaux», à crédit sur sept ou dix ans. Le client paiera une traite plus ou moins équivalente à sa consommation, qui financera un fonds pour le développement durable: «Deux milliards de FCFA seront injectés à la base de ce fonds, qui s'autoalimentera ensuite grâce aux traites», selon M. Allouche. Autre méthode pour réduire les coûts d'installation: poser des branchements collectifs. Enfin, pour doubler le nombre d'abonnés d'ici à dix ans, il faut que ceux-ci puissent disposer d'un compteur rapidement. «Aujourd'hui, les compteurs ne sont pas stockés dans le pays mais doivent chaque fois être commandés à l'étranger», explique Abdellah Allouche. La CDE a commandé 30 000 compteurs d'un coup, et promet dès janvier 2009 «un nouveau branchement en huit jours, un réabonnement en deux jours». La Camwater et la CDE ont lancé plusieurs appels d'offre pour se faire seconder dans leurs missions, et le gouvernement a obtenu des crédits allégés de la part des institutions comme la BM et le FMI. Les investisseurs chinois sont également présents sur le marché, notamment pour renforcer la production à Douala: un projet financé par la banque chinoise Eximbank implique la construction d'une usine de traitement d'eau potable, la pose d'une canalisation, la réhabilitation des installations de Japoma, la construction de forages. Et c'est une entreprise chinoise qui construit la deuxième plus grande usine de production d'eau potable au Cameroun, à Ayotto, sur les bords du fleuve Moungo, pour combler le déficit en eau potable de Douala: le volume d'eau produit passera d'environ 100 000 m3 à 180 000 m3 par jour. Les travaux seront achevés début 2009. Deuxième phase: une coopération entre la Camwater et la Chinoise CGC Overseas Construction CO. Ltd, pour produire 260 000 m3 d'eau par jour – besoins réels estimés de la population de Douala. Il ne nous a pas été possible de rencontrer le directeur de la Camwater. Mais selon M. Allouche, la redevance de la CDE lui permettra de rembourser la BM par traites, et de développer l'extension et la réhabilitation du réseau, un programme devisé à 400 milliards de francs CFA. A terme, l'équilibre devrait être atteint entre investissements et recettes. En attendant, y a-t-il un risque que l'Etat augmente le prix du m3 d'eau? «Ce n'est pas impossible, mais ce n'est pas le but, répond Paul Mpoulet. Ce n'est pas au client de payer les investissements.» Et de préciser que d'autres revenus, notamment ceux du pétrole, serviront à équilibrer le budget de l'Etat. Reste que certains frais n'étaient pas prévus dans le plan financier: les employés de l'ex-SNEC, réengagés au sein de la Camwater et de la CDE, réclament aujourd'hui 4 milliards de FCFA de droits sociaux dus par leur ancien employeur. APD



Commentaire

Pillage organisé

   ANNE PITTELOUD    

La situation de la distribution d'eau potable à Douala est la conséquence d'un problème plus vaste: cette année encore, le Cameroun est classé par l'ONG Transparency International parmi les pays les plus corrompus de la planète. Le phénomène touche tous les niveaux de la société, des plus hauts postes de l'Etat jusqu'au fonctionnaire du bas de l'échelle, et atteint les entreprises privées. Il a explosé à la suite des plans d'ajustements structurels imposés par le Fonds monétaire international à la fin des années 1980. Le FMI a exigé une baisse drastique des salaires de la fonction publique (jusqu'à -70%), suivie d'une dévaluation de 50% du franc CFA. Les fonctionnaires se sont mis à vendre leurs services. Il faut dire que, dans un pays où le chômage touche la moitié de la population, où il n'existe aucune véritable assurance sociale (chômage , maladie, etc.), ceux qui ont la chance d'avoir un emploi doivent aider toute la famille.
En 2000, l'Etat a créé l'Observatoire de lutte contre la corruption; en 2006, il lançait l'opération Epervier, vaste lessive au sommet de l'Etat qui a suscité une vague d'espoir au sein de la population. Des têtes tombent encore régulièrement. Mais le président Paul Biya est soupçonné d'écarter ainsi des dirigeants gênants pour lui. Ces mesures n'ont que peu d'effets sensibles à long terme, faute de volonté réelle, et l'argent détourné n'est pas restitué pour autant aux caisses de l'Etat. Les allusions sont fréquentes aux comptes en Suisse des dirigeants camerounais – Paul Biya le premier, lui qui passe la majeure partie de l'année à Genève, où il logerait dans une suite de l'Hôtel Intercontinental.
Conséquence de ce pillage organisé: les riches ressources du pays sont spoliées, l'économie atone. Découragement et démotivation règnent: à quoi rime la notion de bien commun, de service, quand tout le monde se sert? Santé, éducation, infrastructures: les projets démarrent mais n'aboutissent pas.
Aujourd'hui, l'Etat compte rattraper son retard dans le secteur de l'eau grâce à la privatisation de sa distribution. La Camerounaise des eaux est compétente, ses objectifs précis, elle réussira peut-être à améliorer la situation. Reste à espérer qu'elle soit épargnée par la corruption et que l'Etat ne fasse pas payer au peuple camerounais le coût de son incurie: il serait regrettable que le remboursement des investissements et des crédits accordés par la Banque mondiale et le FMI plonge davantage la population dans le marasme.
Car sentiment d'injustice et conditions de vie difficiles forment un cocktail explosif. Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, soutenu par la France et largement détesté au Cameroun, a changé la Constitution le 12 avril dernier afin que le mandat présidentiel ne soit plus limité dans le temps. S'il se présente en 2011, il sera réélu puisque les élections «démocratiques» ne sont qu'un simulacre. Jusqu'à présent, les Camerounais ont voulu éviter une guerre civile. Mais le pays risque bien de plonger alors dans la violence.



Commentaires

A Douala, l'accès à l'eau potable est un luxe | S'identifier ou créer un nouveau compte | 0 Commentaires
Les commentaires appartiennent à leur auteur.
Ils ne représentent pas forcément les opinions du Courrier.

Pour des médias indépendants...

En faisant un don pour cet article, vous participez au maintien de notre indépendance.
Le Courrier n'a pas de capital, mais il a une richesse, ses lecteurs.
Si vous souhaitez faire un don en Euro, vous pouvez vous rendre sur notre page Dons.



  • Circuit de l'eau
    La voiture cahote sur la terre rouge, traverse des villages à l'ombre des bananiers, freine au passage de grappes d'enfants en uniforme bleu qui rentrent de l'école. On approche de la station de pompage et de traitement de l'eau de Japoma, à environ 25 kilomètres de Douala. Un appel d'offre a été lancé pour réhabiliter les installations: ce jour-là, une quinzaine d'investisseurs potentiels visitent le lieu, avant de se rendre à la station de Mefou, à Yaoundé. Ici, l'eau est pompée dans la rivière Dibamba et ses affluents. «Pas dans le fleuve Wouri, trop pollué», explique le technicien qui nous accompagne à travers les étapes du traitement de l'eau: bassins floculateurs, décanteurs, filtres, ajout de chaux pour réduire le pH, de chlore pour désinfecter, jusqu'aux réservoirs où l'eau pure est stockée avant d'être acheminée à Bassa, quartier excentré de Douala, d'où elle est injectée dans le réseau. C'est alors que les choses se gâtent. Si les usines du pays ont 50 ans, certains tuyaux aussi: 70% des canalisations de Douala sont vétustes. L'eau prend à leur contact un goût de rouille et se charge de dépôts jaunâtres. La station de Japoma produit entre 85 000 et 90 000m3 d'eau par jour; celle de Massombo, de 10 000 à 15 000 m3; la construction de la station d'Ayotto permettra de doubler ce chiffre dès l'an prochain. APD
  • DEUX POIDS...
    Le quartier de Bonapriso jouxte celui de New Bell, mais les deux mondes sont séparés par une frontière invisible que les habitants ne franchissent pas: à Bonapriso vivent les expatriés et les Camerounais aisés. De vastes maisons entourées de jardins se cachent derrière des grilles de fer. Derrière un portail blanc gardé par un agent de sécurité se dresse la villa d'Hilde, qui nous reçoit dans son salon. Elle et son mari sont à Douala avec leurs deux enfants pour trois ans, engagés par des filiales locales de compagnies internationales. L'eau n'est pas vraiment un problème, note Hilde, qui ne connaît pas le montant de sa facture mensuelle: le couple franco-belge est au bénéfice d'un contrat d'expatriés, loyer et factures d'eau et d'électricité sont payés par l'entreprise.
    Ici, douches, bains, lessives et piscine sont alimentés avec l'eau du robinet. La famille boit de l'eau minérale et «le cuisinier ajoute du vinaigre ou un peu d'eau de javel quand il lave les crudités». Car à Bonapriso aussi, l'eau laisse un dépôt jaunâtre – «on le voit bien sur le blanc de l'émail quand on prend un bain, raconte Hilde. J'ai demandé qu'on utilise également de l'eau minérale pour le fer à repasser, car l'eau du robinet laissait des tâches jaunes sur les vêtements clairs.»
    Les coupures d'eau sont rares à Bonapriso, occasionnées en général par des travaux, et le quartier est prévenu. «L'électricité est plus souvent coupée, mais la maison a un groupe électrogène qui la rend indépendante.» APD








Creative Commons License

Ces articles sont mis à disposition sous un contrat Creative Commons.

   lecourrier   lecourrier lecourrier
» Abonnez-vous!
» Le coin des abonnés
» Nouvelles du Courrier
» Présentation
» L'équipe
» Historique
» Charte
» Statuts NAC
» Membres
» Ass. lecteurs
» Architrave
» L'agenda
» Contacts
» Partenaires
» Tarifs annonces
;