PROPOS RECUEILLIS PAR BPZ
Comme critique du capitalisme, comment réagissez-vous à la crise financière actuelle?
Alphonse Allais disait: «Quand les riches maigrissent, les pauvres meurent.» Le Sud va souffrir infiniment plus. Sarkozy vient de supprimer 55% des programmes d'aide au développement. Au Darfour, l'ONU est contrainte de distribuer des rations quotidiennes de 1500 calories au lieu des 2200 minimales requises pour la survie, car les contributions des donateurs sont tombées.
Il ne faut pas sous-estimer les souffrances de la classe travailleuse en Occident: le chômage de masse, les fonds de pension partis en fumée, des budgets étatiques qui vont baisser et la sécurité sociale s'affaiblir. Chaque semaine, des milliers d'Américains perdent leur logement.
En même temps, il y a une chose extrêmement positive: l'effondrement de l'obscurantisme néolibéral. La théorie légitimatrice de la sauvagerie capitaliste dominait les esprits, même à l'ONU. C'était une loi de la nature qui affirmait l'impuissance à lutter contre la faim, le chômage, etc. On nous disait: «On ne peut rien faire, c'est la loi du marché, la main invisible, il faut juste libérer les forces du marché, éliminer la force normative de l'Etat, privatiser, déréguler.» L'objectif était l'autorégulation du marché, la gouvernance mondiale sans l'Etat, sans contrat social, etc. Tout ça est par terre; les masques sont tombés et qu'est-ce qui apparaît: la vrai gueule du capitalisme, sanglant, arrogant, obsédé, avide.
Sur quoi cela peut-il déboucher?
La raison analytique qui était anesthésiée par cet obscurantisme, cet irrationalisme total, va retrouver sa place. Des gens vont souffrir, mais de la souffrance naît la connaissance. Et de la connaissance naît la révolte. Les choses vont bouger en Occident et la jonction pourra se faire avec ce mouvement de révolte qui vient du Sud. La rencontre entre cette force historique déjà constituée au Sud, et la révolte de l'Occident qui va naître. Quelle force sociale la portera? C'est encore difficile à dire, mais cela émergera de la société civile, non des partis ou des syndicats. L'apparition du mouvement altermondialiste est un puissant signe avant-coureur.