SAMUEL SCHELLENBERG
GENÈVE - Pour sa biennale «nouveaux médias», le Centre pour l'image contemporaine montre des oeuvres en phase de test.
La 8e biennale du Centre pour l'image contemporaine de Genève (CIC) propose d'aborder l'art technologique par sa face la plus expérimentale: dès ce soir et jusqu'au 14 décembre, dans les locaux de Saint-Gervais, une exposition – mais aussi des projections, des performances et autres forums ou workshops – célèbre le «prototype». Tout n'est pas forcément abouti? C'est voulu.
Comme tous les deux ans depuis 1994, la manifestation Version – la première était opportunément sous-titrée «1.0» – cherche les liens entre création contemporaine et nouvelles technologies. Après avoir parlé d'anticipation, de jeu ou d'animation, l'édition 2008, «Version Bêta», interroge les étapes de production d'une oeuvre. En toute logique, la manifestation est dédiée au regretté André Iten, directeur artistique du CIC et de Version, brutalement disparu en juillet dernier.
Drapeau virtuel
«La plupart des travaux proposés ont été produits spécifiquement pour la biennale», explique Alexandra Theiler, codirectrice artistique de «Version Bêta». L'intelligence de l'ordinateur est souvent mise à profit, comme lorsqu'il s'agit d'animer un drapeau blanc, de grande taille mais 100% virtuel, projeté la nuit sur une paroi du Centre pour l'image contemporaine. Grâce à des capteurs, l'oeuvre de Samuel Bianchini bouge au gré du vent.
Dans le CIC, Emilie Brout et Maxime Marion proposent des trajets fictifs sur un planisphère, à partir des images géolocalisées qu'un logiciel cherche sur le site Flickr. Le leader du partage de photos sur internet héberge plus de 2 milliards de clichés: largement de quoi illustrer des déplacements, qui sont ensuite visibles via le programme Google Earth.
Ailleurs, les praxinoscopes de Tania Ruiz mélangent les technologies: ces ancêtres du cinéma donnent à voir des «images cycliques de la vie quotidienne», explique l'artiste, qui filme sur un support digital «des scènes 'volées'» qu'elle déconstruit sur ses machines.
Un étage plus bas, Esther Polak se penche sur les migrations des bergers Fulani du Cameroun. Grâce au GPS, elle a pu suivre les mouvements de ces nomades et de leurs troupeaux de vaches laitières – des parcours reproduits en miniature par un petit robot, qui laisse une traînée de sable lorsqu'il se déplace. «Un de mes collaborateurs au Cameroun a plein d'autres idées! Il me dit: 'Arrête de faire de l'art, faisons du concret'», sourit la Néerlandaise.
En matière de performances, Day of the Figurines du collectif londonien Blast Theory s'annonce éminemment participative: le public est invité à se mettre en scène pendant une journée, par le biais d'une figurine sur une maquette et d'interactions via sms.
Google va disparaître
Parmi les projections, on ne ratera pas la première mondiale de 9 Evenings: Theatre and Engineering, une expérience pour le moins singulière qui s'est déroulée à New York en 1966: 30 scientifiques et 10 artistes ont collaboré pour concrétiser des projets artistiques considérés comme irréalisables. Ainsi, Rauschenberg a organisé un match de tennis où chaque balle frappée éteignait une lampe de la salle.
Enfin, signalons encore la conférence d'Alessandro Ludovico: le professeur, critique et journaliste italien expliquera comment prendre possession de Google et comment pirater le libraire en ligne Amazon (me 5 novembre, 18h à la Haute Ecole d'art et de design, bd James-Fazy 15). I
Note : Biennale Version Bêta, Centre pour l'image contemporaine, 5 rue du Temple, Genève, jusqu'au 14 décembre. Expo: ma-di 12h-18h, ve 12h-19h. Programme complet: www.centreimage.ch