BERNARD PERRIN    

International RÉFÉRENDUM - A l'issue d'un marathon parlementaire, un accord a été conclu. Les Boliviens voteront le 25 janvier prochain sur la nouvelle charte fondamentale du pays.
Douze jours de négociations, de temporisation, de sessions reportées... Et subitement, alors que près d'un million de manifestants avaient envahi la place Murillo, siège du parlement à La Paz, le ciel s'est miraculeusement dégagé. Alvaro Garcia Linera, président du Congrès national et vice-président de la République, a annoncé lundi en début de soirée qu'un accord entre les quatre forces politiques du parlement (le Mouvement pour le socialisme du président Evo Morales et les partis de droite Unité nationale, MNR et Podemos) avait été trouvé: «L'ensemble des contradictions de la Constitution ont été analysées et le texte a été ajusté. Au total, une centaine d'articles ont été améliorés. De cette manière, la charte peut satisfaire tous les secteurs sociaux.» Dans la foulée, cet accord politique a été ratifié hier par plus des deux tiers des membres du Congrès national, au terme d'une session marathon ininterrompue de plus de dix-huit heures, entamée lundi soir dans un parlement encerclé par des centaines de milliers de manifestants. Les Boliviens se prononceront donc par référendum populaire en janvier 2009 sur la nouvelle Constitution. Si le texte suprême – qui entend approfondir la politique de changement social lancée en janvier 2006 par le gouvernement d'Evo Morales – est adopté, des élections générales anticipées seront organisées en décembre 2009. En cas de victoire, Evo Morales pourra gouverner jusqu'en 2014. En revanche, il ne pourra prétendre ensuite à un nouveau mandat. Lors des ultimes négociations, le MAS a en effet accepté l'une des revendications principales de la droite: la non-réélection de l'ancien syndicaliste cocalero pour un deuxième mandat, qui de fait aurait signifié une troisième gestion consécutive du pouvoir.
La mobilisation du peuple a donc porté ses fruits. Même la presse, pourtant majoritairement hostile au gouvernement, a reconnu l'ampleur historique d'une marche qui, selon le journal La Prensa, a réuni plus d'un million de personnes dès lundi après-midi au centre de La Paz. Hier, durant toute la journée, et après une nuit passée en plein air dans le froid de l'altiplano, les manifestants ont chanté et dansé dans l'attente de l'annonce officielle du vote de la Loi de référendum constitutionnel. Lançant parfois quelques dynamites, histoire de faire trembler un peu les murs du parlement dans lequel siègent les députés sous pression... La délivrance est intervenue hier en début d'après-midi, lorsque Alvaro Garcia Linera a annoncé «la bonne nouvelle, celle d'une Bolivie qui ne sera plus jamais divisée, ni privatisée».
Epuisé, mais porté par l'émotion, le vice-président a rappelé les dix-huit ans de lutte des peuples indigènes, depuis la première marche de 1990 qui demandait une nouvelle Constitution, déjà, et rejetait l'exclusion des plus humbles. Evo Morales a ensuite promulgué officiellement la loi, assurant que le peuple bolivien «jamais vaincu» était en train d'enterrer définitivement le néolibéralisme, devant une foule en liesse, dont une partie avait parcouru plus de 200 kilomètres à pied en une semaine pour vivre ce moment historique. «Cette nouvelle charte du peuple est une étape de notre décolonisation. Dans le monde entier, les constitutions ont toujours été des instruments de domination sociale des élites. La Bolivie va enfin tourner cette page», analyse avec plaisir Idon Chivi Vargas, avocat indigéniste au vice-Ministère des droits de l'homme. Mais cette victoire du peuple et cet accord politique de dernière minute ne changent pas la problématique de fond. La droite et une partie de l'Orient du pays, du moins les villes de Santa Cruz, Tarija et Sucre, refusent toujours cette Constitution jugée trop «indigéniste». A Santa Cruz, la constituante Gloria Rojas a ainsi violemment accusé la droite parlementaire de s'être vendue au gouvernement. Et a appelé les citoyens à la résistance.
«Certes, ce texte représente une nette avancée avec la reconnaissance des droits des peuples indigènes, si longtemps exclus du progrès. Mais en leur accordant des droits spécifiques, on crée aussi une nouvelle discrimination. Les blancs hispanophones, les métisses et les classes moyennes urbaines se sentent exclues de ce nouveau texte», regrette d'ailleurs le politologue Carlos Cordero, qui craint une vague de violence sans précédent dans les départements de l'est du pays au mois de janvier prochain. Un point de vue que partage Victor Hugo Cárdenas, qui fut de 1993 à 1997 le premier vice-président indigène de Bolivie: «Ce texte introduit une citoyenneté ethnique, au lieu d'instaurer une citoyenneté politique. Il reconnaît en outre 36 nations et fragmente l'unité du pays. C'est une bombe à retardement. On court au conflit racial.» I



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